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On fait encore rire de nous...

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Les hôpitaux débordent tellement les cas de COVID-19 se multiplient.

Le premier ministre qualifie la situation de « critique ».

On en serait à 140 000 chirurgies reportées, dont beaucoup pour des maladies graves où le temps est un facteur décisif.

Derrière ces statistiques, il y a des êtres humains.

Tri

Vous avez sans doute lu le témoignage de Mme Véronique Gagnon dans nos pages.

Mme Gagnon, 44 ans, la moitié de sa vie devant elle, s’est fait enlever un poumon pour cause de tumeur carcinoïde.

Maintenant, sans cette surface d’appui, son cœur s’endommage rapidement. 

Son intervention a été reportée : « Ma chirurgienne, tout aussi désespérée que moi, m’a dit que je faisais partie du délestage ».

Le gouvernement, lui, a déjà préparé un protocole de priorisation pour l’accès aux lits de soins intensifs.

C’est simple : on priorisera en fonction des chances de survie.

Nous en sommes là.

Comme le disait hier ma consœur, Josée Legault : et si c’était l’un de vos proches qui se retrouvait du mauvais côté du triage fatidique ?

Deux de mes proches viennent de passer sous le bistouri.

Ma hantise n’était pas le succès des opérations, car nos chirurgiens sont formidables. C’était l’annulation de dernière minute.

Ma petite hernie va attendre. Je me garde une petite gêne.

Pendant ce temps, le couvre-feu pour circonscrire l’incendie est parfois présenté comme une intolérable atteinte à nos libertés ! Comme si c’était terrible et permanent !

Pendant ce temps, nous apprenons, grâce au reportage d’hier dans Le Journal, la situation sur les chantiers de construction, lieux majeurs de contamination.

Pas de masques, pas de distanciation, et ça fourmille de travailleurs.

« Menuiserie, plomberie, tireurs de joints, gars de gypse, peintres, tout le monde est là en même temps. » 

Les travailleurs voient les risques, mais c’est la loi du silence.

« C’est certain que je perds ma job si mon nom sort dans les médias », dit l’un d’eux. 

La demande de Québec de ne faire que l’essentiel est totalement ignorée.

Qu’on ne vienne pas me dire que tout cela est essentiel, car c’est la rénovation qui est en feu.

« Les gens ont le temps de rénover, alors ils nous appellent. Cette semaine, j’ai 18 nouvelles demandes de clients. C’est débile », dit un entrepreneur.

« On va rencontrer au moins 20 clients en janvier, alors qu’en temps normal, ce serait 2 ou 3 », dit un autre, spécialisé dans la rénovation. 

« On ne veut pas le dire trop fort, on est choyés, la demande est très forte. »

Moquerie

Au cabinet du ministre du Travail, on dit sans rire que « c’est à chaque chantier de déterminer quelles opérations sont essentielles ».

Ça ne peut pas attendre la rénovation ?! C’est « essentiel » ?

L’Association de la construction du Québec (ACQ), le regroupement patronal, dit qu’elle recommande à ses membres de « faire preuve de jugement ».

« Jugement » ? Ils ont jugé que l’argent, leur argent, passait avant tout.

On fait rire de nous et j’en ai jusque-là.