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Qui sont les vrais enfants gâtés?

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« Qu’ils mangent de la brioche ! » Bien qu’apocryphe, voilà ce qu’aurait déclaré, en 1789, la reine Marie-Antoinette lorsqu’on lui expliqua que le peuple français affamé se révoltait contre le manque de pain.

La royauté est dépassée, mais nous sommes encore entourés de « Marie-Antoinette », hommes comme femmes, toujours prompts à sermonner avec condescendance. Du haut de leur infinie sagesse, ils nous expliquent aujourd’hui que la crise sanitaire et le couvre-feu ne sont qu’une bagatelle, que nous sommes des enfants gâtés, que nous braillons le ventre plein.

Souffrances

Certes, il y a la dictature chinoise et des guerres sanglantes à côté desquelles nous sommes privilégiés. 

Mais pareille comparaison est boiteuse, arrogante et méprisante. Il faut cruellement manquer d’ambition pour se mesurer aux pires scénarios disponibles. Et il faut être socialement déconnecté pour ignorer les difficultés, voire les souffrances, que la majorité des gens éprouvent.

Entre février et avril derniers, 820 000 personnes ont brusquement perdu leur emploi. Malgré la reprise, le Québec a clôturé l’année avec un déficit de 200 000 emplois. Il y a aussi les travailleurs autonomes qui ont perdu leurs moyens de subsistance. Il y a les milliers de petits entrepreneurs qui, acculés à fermer leurs entreprises, ont perdu le travail et les économies d’une vie. Et il y a ceux qui se sont endettés pour de nombreuses années en essayant de se garder à flot. 

Maintenant, avec le deuxième confinement, dont la durée est incertaine, le spectre d’une crise économique et du surendettement laisse présager un avenir bien sombre.

Nombrilistes

La situation est pénible pour bien des gens, sinon carrément anxiogène. Les enfants gâtés ne sont pas ceux qui se plaignent. Ce sont plutôt ceux que la crise a épargnés. Ce sont les narcissiques qui, confortablement reclus dans leurs tours d’ivoire, minimisent l’adversité des moins chanceux qu’eux. Ils sont aussi dépourvus d’empathie et de compassion que l’était Marie-Antoinette !