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À la défense des petits emprunteurs

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Les 19,95 % d’intérêts sur le solde impayé de votre carte de crédit vous semblent élevés ? Vous avez bien raison. Mais imaginez être pris avec un taux de crédit annuel de plus de 200 %.

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C’est bel et bien ce que facturent une poignée de prêteurs alternatifs québécois identifiés par notre journaliste Hugo Joncas dans le cadre de son enquête publiée aujourd’hui.

Ces requins de la finance n’opèrent pas de manière clandestine. Ils sont tous détenteurs d’un permis de l’Office de protection du consommateur (OPC). Et à première vue, les taux d’intérêt qu’ils affichent semblent largement en dessous du taux de 60 % considéré comme criminel par la loi canadienne.

Mais ils réussissent à soutirer des sommes colossales à leurs clients.

22 %, vraiment ?

Chez PretArgentRapide.ca, par exemple, on vous présente un taux d’intérêt de 22 %. Ça semble raisonnable, et pas tellement loin des tarifs des VISA et MasterCard de ce monde.

Sauf que vous devrez aussi payer des « frais d’adhésion » de 225 $ pour contracter le prêt. Empruntez 500 $ pour trois mois, et vous vous retrouvez donc avec des frais de 252 $, soit un taux de crédit annuel de 204 %. Méchante différence !

Ces énormes frais d’adhésion sont permis par la loi parce que ces prêteurs affirment faire du crédit variable, c’est-à-dire prêter des montants qui ne sont pas déterminés d’avance, un peu comme les dépenses qu’on accumule sur une carte de crédit par exemple.

Voici donc la question : de telles pratiques sont légales, mais sont-elles morales ? 

D’autant plus que les prêteurs privés ciblent les consommateurs parmi les plus vulnérables. On ne se racontera pas d’histoire : il faut être bien mal pris pour faire affaire avec eux.

Malheureusement, c’est ce à quoi se résignent des centaines de Québécois aux prises avec un mauvais historique de crédit, plusieurs dettes accumulées, le refus des banques traditionnelles... Le prêt alternatif est pour eux la dernière option.

Que fait l’OPC ?

Empêcher les abus, c’est exactement à quoi devrait servir l’OPC, un organisme du gouvernement québécois. Or, je ne suis pas convaincu que l’OPC est aussi proactive qu’elle pourrait l’être.

Ne devrait-elle pas s’intéresser davantage aux antécédents de ces prêteurs avant de leur octroyer un permis ? Notre journaliste en a trouvé avec des casiers judiciaires de fraude et de trafic de stupéfiants, notamment.

Quant à la légalité des frais imposés, l’OPC a bien porté une poignée de dossiers devant les tribunaux, mais au rythme où la justice avance, de malheureux consommateurs risquent d’y laisser leur chemise avant que les cas soient tranchés sur le fond.

Au moins, le gouvernement Legault semble préoccupé par la situation et laisse entendre que des changements législatifs pourraient survenir.

On sait que la pandémie de COVID-19 a entraîné des milliers de pertes d’emploi au Québec, et la fermeture de plusieurs petites entreprises.

Souhaitons qu’en 2021, cette situation économique difficile n’envoie pas plus de monde entre les dents acérées des requins de la finance.

Et si vous êtes témoins de prêteurs aux pratiques abusives, je vous invite à contacter en toute confidentialité notre journaliste spécialisé dans ce genre de dossiers, à l’adresse hugo.joncas@quebecormedia.com.

Bonne lecture. 

Jean-Louis Fortin, Directeur du Bureau d’enquête