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Avec Biden, les États-Unis en guerre?

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La destitution de Trump, la pandémie de COVID-19 et la tentative d’insurrection occupent avec raison l’avant-plan de l’actualité. 

Ces nouvelles exceptionnelles relèguent au second plan les manigances de Mike Pompeo en politique extérieure. Pourtant, c’est dans ces décisions politiques extérieures que pourrait s’enraciner l’avenir des États-Unis. Alex Tillerson, qui a été secrétaire d’État de Donald Trump, vient d’accorder à la revue Foreign Policy une entrevue qui glace le sang. En gros, selon lui, la politique étrangère de Trump est un échec total. Pire, il s’attend à ce que la Chine et les États-Unis entrent en guerre d’ici la fin de la décennie.

1. Que fait Mike Pompeo en politique étrangère ? 

Mike Pompeo est en train de renforcer les politiques de Trump. Des politiques qui jusqu’à présent n’ont apporté aucun résultat satisfaisant. Par exemple, plutôt que de dissuader Israël d’attaquer l’Iran, Pompeo fait tout pour stabiliser les alliances autour de l’État hébreu. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou pourrait ainsi avoir les coudées franches pour attaquer l’Iran. Pompeo continue à travailler au rapprochement entre Israël et plusieurs États arabes de la région. Autre exemple : Pompeo a placé les Houtis sur la liste des terroristes, alors que cette population chiite essaie surtout de se défendre contre l’inféodation du Yémen à l’Arabie saoudite. L’Iran en ressort isolé et Washington perd un levier sur Téhéran et Ryad.

2. Pourquoi Tillerson estime-t-il que la Chine et les États-Unis risquent d’entrer en guerre ? 

Tillerson pense que la Chine voudra bientôt récupérer Taïwan. Tillerson estime que Xi Jinping voudra dissuader les Américains de défendre Taïwan. Il pourrait tenter d’effrayer les Américains avec des menaces de frappes directes contre leurs intérêts. Mais l’attaque de Pearl Harbor montre que les États-Unis ne reculent pas lorsque leurs intérêts vitaux sont en jeu. Or, laisser tomber Taïwan serait pour les alliés des États-Unis un signal d’abandon. Inversement, en Chine, des dirigeants qui se vanteraient trop ouvertement de récupérer Taïwan et qui n’y parviendraient pas en paieraient un prix politique élevé.

3. Quelle orientation Joe Biden prendra-t-il en politique étrangère ? 

Bien qu’il soit encore tôt pour distinguer la politique étrangère de Biden, ses nominations de vieux routiers de la diplomatie et de la politique augurent un retour à l’ère de Barak Obama. Cependant, les démocrates et les républicains se sont beaucoup rapprochés sur plusieurs problèmes de politique étrangère, en particulier sur la Chine. D’autre part, les différents services des Affaires étrangères ont été à ce point décimés par l’administration Trump que Biden a admis qu’il devait d’abord s’atteler à la reconstruction de ces services. Il est donc probable que Biden cherche à garder un profil bas en relations internationales.

4. Biden pourra-t-il rétablir ce que Trump a détruit ? 

Biden ne pourra probablement pas redonner aux États-Unis l’importance qu’ils avaient dans les relations internationales avant l’arrivée de Trump. D’abord parce que la puissance relative des États-Unis diminue chaque année. Ensuite parce que les alliés des États-Unis ont compris que dans la logique mondiale actuelle, ils devront de plus en plus compter sur eux-mêmes pour prospérer et se défendre.

5. Et le Canada dans ce grand jeu ? 

Le Canada dispose de nouvelles opportunités, en particulier avec les alliés des États-Unis. Cependant, pour saisir ces opportunités, il lui faut un premier ministre et un ministre des Affaires étrangères qui soient capables de comprendre les nouveaux défis et de s’imposer. Ce n’est pas le cas.