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Hausse spectaculaire des cours incomplets au cégep

Les critères pour ce type d’abandon ont été assouplis en raison de la COVID-19

cégep du Vieux-Montréal
Photo Chantal Poirier Au Cégep du Vieux Montréal, le nombre d’étudiants qui ont demandé un « incomplet » pour au moins un de leurs cours a quadruplé.

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Cours manqués, proches malades, pépins informatiques: le nombre de cégépiens qui ont dû abandonner tardivement un de leurs cours cet automne a explosé par rapport à l’an dernier.

«Ce n’était pas un cours qui était fait pour être donné à distance. La charge de travail était trop élevée [...]. On n’avait aucun PowerPoint», témoigne Mathieu Vallières, 18 ans, à propos d’un de ses cours au Cégep de Sept-Îles.

En fin de compte, environ la moitié de sa classe a demandé à avoir la mention «incomplet permanent» pour ce cours, estime-t-il.

Un étudiant peut demander un «incomplet» lorsqu’il souhaite abandonner un ou plusieurs cours après la date limite d’abandon, si une raison hors de son contrôle l’a empêché de le terminer normalement. Cette mention n’affecte pas sa cote R.   

Le Journal a sondé une vingtaine de cégeps situés un peu partout au Québec. Sur les huit qui ont répondu, tous notent une hausse du nombre d’«incomplets» à l’automne.

Dans certains cas, la hausse est spectaculaire. Au Cégep de Trois-Rivières, le nombre est près de 15 fois plus élevé, passant de 48 étudiants qui ont un incomplet à 712.

«Ça illustre bien la détresse des étudiants», dit Noémie Veilleux de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

Par exemple, un étudiant qui a attrapé la COVID-19, qui a une mauvaise connexion internet ou qui a souffert d’un problème de santé mentale pouvait s’en prévaloir.

«Bar open»

Valérie (nom fictif) est psychologue dans un cégep de la métropole. Elle a préféré garder l'anonymat pour ne pas identifier ses clients.

«Il y a des étudiants qui ont dû rester confinés 14 jours et qui ont donc manqué des cours de labo», illustre-t-elle. Ils ont donc cumulé un retard qui devenait rapidement impossible à rattraper.

Pour plusieurs, le contexte de la pandémie les a amenés à perdre le contrôle de leur vie, de leur quotidien, au point de ne plus être capables d’étudier, ajoute-t-elle.  

En temps normal, il faut des pièces justificatives comme l’appui d’un médecin ou d’un psychologue pour se prévaloir d’une mention «incomplet». Mais en raison de la COVID-19, le ministère de l’Enseignement supérieur a assoupli les critères et il suffit maintenant de remplir un formulaire.  

«C’est un peu bar open», résume Valérie. «En même temps, c’est une soupape essentielle», croit-elle. «S’il avait fallu que [j’évalue la demande] de milliers d’étudiants...», imagine-t-elle en riant.

Derrière les chiffres

«Une situation extraordinaire exige des mesures extraordinaires», abonde Noémie Veilleux.  

«Ce n’est pas un passe-droit du tout» qui mènerait à un diplôme au rabais, explique-t-elle, puisque ces étudiants devront reprendre le cours au complet.  

Mais derrière les chiffres, la réalité est peut-être plus stable qu’il n’y paraît, nuance Émilie Laramée, conseillère en communications au Collège de Maisonneuve.  

Dans ce cégep, beaucoup plus d’étudiants ont demandé un incomplet cette session-ci, mais on compte bien moins d’échecs. Mis ensemble, les cours incomplets et les échecs représentent 16,7% des inscriptions à l’automne 2020, un pourcentage presque identique à celui de l’an passé.

Total de demandes d'incomplet

CÉGEP Automne 2019 Automne 2020
Lionel-Groulx 669 2227
Maisonneuve 859 2942
Vanier  En augmentation
Outaouais  En augmentation

Nombre d'étudiants qui ont demandé un incomplet* 

CÉGEP Automne 2019 Automne 2020
Sherbrooke 167 1800
Vieux Montréal 323 1332
Trois-Rivières 48 712
Gérald-Godin 39 55

*Un étudiant pouvait demander un incomplet pour plusieurs cours