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Le passé revient en force

Sex and the City
Photo courtoisie De gauche à droite : Miranda Hobbes (Cynthia Nixon), Charlotte York-Goldenblatt (Kristin Davis) et Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) dans Sex and the City

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Star Académie, Caméra café, Sex and the City... La télé nostalgie frappe fort en 2021 alors qu’on assiste au retour de plusieurs vieux succès du petit écran.

La prolifération de remakes n’est pas qu’un phénomène américain. Au cours des dernières années, les diffuseurs québécois ont également déterré d’anciennes formules gagnantes pour garnir leurs grilles de programmation. TVA a exhumé Fort Boyard et Piment fort. Télé-Québec a ressuscité Passe-Partout. Radio-Canada a ramené La fureur pour deux émissions spéciales extrêmement courues. 

Cette année, TVA titille grandement la fibre nostalgique du public non seulement avec Caméra café, mais avec Star Académie, qui reprend du service dimanche après neuf années de pause. Dans une moindre mesure, puisqu’on parle d’un retour après seulement quatre ans, on peut également signaler les nouveaux épisodes des Beaux malaises de Martin Matte, qu’on pourra regarder à compter du 27 janvier.

Aux États-Unis, le rapport est beaucoup plus étoffé. Les réseaux semblent sortir une vieille série des boules à mites chaque mois.

Lundi dernier, on apprenait qu’une nouvelle saison de Sex and the City était en préparation. Intitulée And Just Like That, elle sera tournée au printemps sans Kim Cattrall (qui jouait le rôle de Samantha) et atterrira éventuellement sur HBO Max. Citons également les récentes annonces concernant Dexter, Bewitched (Ma sorcière bien-aimée), Little House on the Prairie, The Fresh Prince of Bel-Air et Saved by the Bell.

Facteur pandémie

La télé nostalgie atteint des sommets de popularité inégalés pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles relève d’une certaine pandémie de COVID-19 qui perdure depuis bientôt 12 mois, explique Pierre Barrette, directeur de l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.

« Les remakes, les reboots, c’est des valeurs refuges, souligne M. Barrette. C’est des émissions vers lesquelles on aime se retourner quand on traverse une période d’instabilité. C’est comme une paire de pantoufles super confortables. »

Francine (Sylvie Léonard) dans Caméra café
Photo courtoisie
Francine (Sylvie Léonard) dans Caméra café

Visibilité assurée

En revisitant une vieille série culte, un diffuseur s’assure également d’une couverture médiatique beaucoup plus importante que s’il proposait un projet inédit. On n’a qu’à regarder le nombre astronomique d’articles sur Sex and the City parus au cours des derniers jours. Ou encore, mesurer le buzz entourant Les beaux malaises 2.0.

Dans une ère d’abondance où plusieurs séries sortent chaque semaine, capter l’œil des téléspectateurs vaut son pesant d’or.

« Le problème des réseaux, ce n’est pas tant de produire des émissions intéressantes ; c’est de produire des émissions qui vont attirer l’attention du public, indique Pierre Barrette. C’est facile d’attirer l’attention en allant chercher un concept bien connu des gens, un concept qui allume quelque chose dans leur esprit. Tu risques moins de passer inaperçu. Tu t’assures d’une visibilité. Un peu comme si Radio-Canada annonçait qu’elle préparait une suite au Temps d’une paix. Tout le monde en parlerait. »

Attention, danger

Exploiter la nostalgie comporte toutefois certains dangers. L’auteur Gilles Desjardins en sait quelque chose. Quand Radio-Canada a annoncé qu’un remake des Belles Histoires des pays d’en haut était en chantier, en 2014, les réseaux sociaux ont explosé. Mais malheureusement pour l’équipe derrière cette nouvelle adaptation de l’œuvre de Claude-Henri Grignon, les réactions étaient largement négatives.

« Le facteur nostalgie n’a pas été un avantage, mais plutôt un handicap, indique Gilles Desjardins au téléphone. Les gens qui avaient aimé la série originale trouvaient que c’était un sacrilège d’en refaire une. Et ceux qui l’avaient détestée disaient : “Ils vont encore nous écœurer avec ça ?” C’était vraiment extrême. »

Un réservoir d’histoires

La mode des remakes n’est pas près de disparaître. On s’en rend compte en consultant la longue liste de revivals auxquels nos voisins du Sud ont goûté au cours des dernières années. Beverly Hills 90210, Will and Grace, Murphy Brown, Roseanne/The Conners, Mad About You, Charmed, Party of Five... Bien qu’aucun d’entre eux n’ait accoté – et encore moins surpassé – le succès remporté par l’original, les projets du genre continuent d’abonder.

« La télévision est devenue une sorte de réservoir de mémoire, déclare Pierre Barrette de l’UQAM. Son histoire n’est peut-être pas encore aussi riche que celle du théâtre, par exemple, mais elle l’est assez pour qu’on aille piger dedans, ce qui n’était pas nécessairement le cas dans les années 1980 ou 1990. »