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Résister au wokisme

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L’actualité québécoise des derniers mois nous aura permis de comprendre à quel point le wokisme représente un danger pour notre démocratie. Cette gauche religieuse qui prétend avoir le monopole du vrai, du juste et du bien surgit dans la vie collective sous le signe du fanatisme, devant une classe politique qui ne sait pas trop comment lui répondre ou lui tenir tête.

Le wokisme n’est plus confiné dans certaines associations étudiantes universitaires. En fait, il s’agit de l’idéologie dominante à l’université. Il s’est par ailleurs déconfiné des campus depuis un bon moment et se répand dans la vie publique à la manière d’une épidémie idéologique. Ses concepts se normalisent dans le vocabulaire médiatique et le discours politique et managérial. Ses militants se retrouvent dans des postes de responsabilité au sein même d’une administration municipale, qui s’en font aussi les complices et les promoteurs.

Il y a néanmoins un bon côté dans tout cela: l’opinion publique commence à en prendre conscience. Et les appels à résister au wokisme sont de plus en plus nombreux. Mais comment y résister?

Tout le pouvoir du wokisme tient dans sa manipulation orwellienne du langage: il invente une novlangue diversitaire qui fonctionne à la manière d’un piège idéologique. La stratégie du wokisme est transparente, et même revendiquée, dans certains cas: il s’agit de s’emparer d’un mot frappé d’une universelle réprobation et de lui coller une nouvelle définition, que l’on dira scientifiquement validée, parce qu’elle sera légitimée par les militants déguisés en experts qui sévissent dans les départements de sciences sociales.

Les exemples sont nombreux: on l’a vu, notamment avec le racisme, la suprématie blanche, la discrimination ou encore la haine (ou le discours haineux). Trop souvent, des commentateurs ou des observateurs de bonne foi se laissent berner. Horrifiés à bon droit par la signification traditionnelle de ces mots, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne renvoient plus à la même réalité.

Ainsi, le racisme, aujourd’hui, ne désigne plus une idéologie en appelant à la discrimination raciale ou à la hiérarchisation des groupes humains, selon un critère racial. Il désignerait plutôt le refus, justement, de définir les gens à partir de la couleur de leur peau — il faudrait alors parler de daltonisme racial. Le racisme culminerait ainsi dans l’universalisme qui servirait de masque aux intérêts de la «majorité blanche». Apparemment, ce n’est plus en dépassant ou en transcendant la «race» qu’on luttera contre le racisme, mais en survalorisant la conscience raciale comme forme première de l’identité collective. L’antiracisme revendiqué devient donc un racialisme décomplexé. Mieux encore: dans cette logique, seuls les Blancs pourraient être racistes, alors que les minorités «racisées», structurellement, ne pourraient pas l’être.

La suprématie blanche, quant à elle, ne réfère plus aux mouvements comme le KKK, ou à ses descendants, mais à la structure profonde des sociétés occidentales. En France, ainsi, l’extrême gauche racialiste assimile la laïcité à la suprématie blanche.

Le concept de discrimination est aussi frappé. La discrimination, pour les wokes, consiste quant à elle à traiter tout le monde sur le même pied: inversement, choisir quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, pour peu qu’il soit considéré comme «racisé», ne serait pas discriminatoire.

La haine, enfin, serait à sens unique, unidirectionnelle: seule la majorité pourrait être haineuse en refusant la définition que les leaders souvent autoproclamés des minorités prétendent donner de ceux qu’ils disent représenter.

On l’aura compris: le mal, c’est le mâle blanc, salaud absolu de tous les temps. S’il veut retrouver son humanité, il doit s’engager dans une démarche d’autocritique permanente, qui prendra la forme d’une démarche d’expiation sans rédemption, car les pathologies constitutives de son identité seraient à ce point inscrites dans les processus de socialisation le définissant qu’il ne pourra jamais s’y arracher complètement. Mais en se dénonçant, en critiquant ses privilèges, en faisant tout pour devenir l’allié des «minorités», il enverra au moins le signal pénitentiel attendu.

Nous sommes ainsi devant un système idéologique qui fonctionne sur l’inversion de la signification des concepts qu’il revendique. Le wokisme nous fait marcher sur la tête. Au nom de l’hygiène intellectuelle, on pourrait poursuivre longtemps cet exercice d’analyse du vocabulaire wokiste.

Une chose est certaine: on ne résistera au wokisme qu’en parvenant à décrypter sa stratégie de manipulation du vocabulaire, qui nous fait basculer dans un monde parallèle, un monde rempli de définitions alternatives, qui sectionne le rapport au réel, et nous oblige à évoluer sous l’autorité d’idéologues accusateurs qui veulent à tout prix que nous nous soumettions à leurs théories et qui jugent que ceux qui leur résistent méritent le bannissement social.