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Il faut d’abord investir dans nos enfants

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Nous en sommes à prendre des mesures extrêmes pour prévenir la contagion de la COVID-19. Des mesures dont les coûts financiers et humains sont pratiquement incalculables et qui, dans bien des cas, sont prises beaucoup trop tard par le gouvernement Legault.

Il est facile de critiquer le gouvernement. Reste que, dans certains cas, les Québécois paient aujourd’hui le prix fort de leur propre négligence passée. Le cas de la ventilation des écoles en est un excellent exemple.

On sait maintenant que des bâtiments mal ventilés favorisent la propagation de la COVID-19. 

C’est d’autant plus vrai pour les écoles, les classes accueillant parfois plus de trente élèves par classe.

Les erreurs du passé

Depuis des semaines, le gouvernement a entre ses mains un rapport d’expertise sur la ventilation des écoles. On nous avait promis des recommandations avant le congé des Fêtes. Le gouvernement n’a toujours pas tenu parole et nous garde dans le noir.

C’est à ce point inquiétant que des experts en santé publique ont dû, au cours des derniers jours, publier une lettre ouverte pour que François Legault se réveille. 

  • Écoutez la chronique économique de Jean-Denis Garon sur QUB radio:   

Des écoles finies

Les experts en santé publique sont surpris de ce laxisme. Malheureusement, pour un économiste, cela s’explique facilement si on fouille un peu dans le plan annuel de gestion des infrastructures du gouvernement.

Dans le rapport 2020-2021, on apprend que la qualité moyenne de nos écoles reçoit la note « D ». Cela signifie, et je cite le gouvernement lui-même, que « l’infrastructure présente un niveau élevé de dégradation et de défectuosité. Elle nécessite des travaux de maintien d’actifs importants et parfois urgents. Habituellement, l’infrastructure dépasse sa durée de vie utile. »

Juste pour remettre nos écoles dans des conditions acceptables, il faudrait y investir au minimum 5,34 milliards de dollars immédiatement. Ce déficit de maintien d’actifs se creuse d’année en année. Malgré les investissements publics, ce trou s’est creusé de 20 % depuis l’année dernière.

Trop pourris pour être réparés ?

Les systèmes d’aération sont, dans les écoles, souvent défectueux et le gouvernement le sait très bien. Au cours du dernier exercice budgétaire, des travaux d’une valeur d’environ 686 millions $ ont été effectués sur les bâtiments scolaires.

Presque le tiers de ce montant aurait été affecté à des services tels que la plomberie, l’électricité et... à la ventilation. Le rapport de gestion cite explicitement « Des travaux visant à éliminer des problématiques pouvant affecter la qualité de l’air dans certains bâtiments ».

Mettez-vous maintenant à la place du président du Conseil du trésor. Pourquoi diable voudriez-vous investir des dizaines de millions de dollars pour revamper la ventilation d’écoles qui doivent au bout du compte être démolies ? Pour le ministre, c’est l’équivalent d’avoir à repeindre une vieille Honda Civic 1992.

Des choix collectifs

J’espère évidemment avoir tort, mais j’ai l’impression que le gouvernement tarde à reconnaître la transmission par aérosols pour gagner du temps et pour ne pas avoir à faire ces investissements. 

C’est inacceptable.

Ce qui n’enlève rien au fait que nous devons aux enfants du Québec, un exercice d’introspection collective. Dans le passé, nous avons préféré parachever des autoroutes plutôt que de nous occuper de bâtiments qui les abritent. Nous en sommes tous responsables. 

L’accélération de projets d’infrastructures fait partie de la recette de sortie de crise du gouvernement Legault. Une réflexion profonde doit s’opérer. 

Je suggère que nous priorisions ceux dont les générations futures seront les principales bénéficiaires, et que les écoles passent en premier.


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM