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Canada Tonight: regardons au-delà du hijab

Ginella Massa
Photo Facebook Ginella Massa Ginella Massa : «Si vous ne voulez pas regarder mon émission, ne le faites pas, mais avant d’en décider, jugez-moi au moins sur ce que j’ai dans la tête et non pas sur ce que je porte dessus.»

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Son nom est Ginella Massa. Depuis le 11 janvier, elle anime Canada Tonight, une nouvelle émission d’affaires publiques, diffusée à 20 h sur CBC News Network. À 33 ans, elle cumule déjà plus de dix années d’expérience en journalisme. 

Née au Panama de parents hispanophones et catholiques, elle fut élevée dans un milieu modeste en Ontario par sa mère monoparentale. Après son arrivée au Canada avec ses deux filles, sa mère s’est convertie à l’islam.  

Ginella Massa a fait de tout dans le métier. Reporter en direct, productrice, animatrice, caméraman, rédactrice, etc. Rigoureuse, élégante et ambitieuse, son style d’animation est chaleureux. Son sourire est à l’avenant. Son visage, très expressif, habite l’écran. 

Oh oui, j’oubliais. Ginella Massa porte aussi un hijab. Au Canada, cela fait d’elle la première animatrice d’une émission nationale d’affaires publiques à porter le voile à l’écran. Ce qu’elle faisait déjà comme reporter sur CityNews à Toronto. 

Parce qu’elle porte le voile à Canada Tonight, Mme Massa rapporte qu’elle a reçu des messages haineux lui venant d’une mer à l’autre. En traduction libre, sa réaction est limpide : 

«Si vous ne voulez pas regarder mon émission, ne le faites pas, mais avant d’en décider, jugez-moi au moins sur ce que j’ai dans la tête et non pas sur ce que je porte dessus.» Voilà.

Solution de rechange?

Parce qu’elle porte un hijab, il est en effet tentant de penser que tout son travail, sur le plan des idées et des valeurs, s’en trouverait biaisé d’office. Ou qu’une majorité de femmes musulmanes ne le portant pas au Canada, son image à l’écran fausserait nécessairement cette réalité. 

Ou encore, que sur un diffuseur national à heure de grande écoute, le hijab vient projeter une image rétrograde et oppressante des femmes. La carrière même de Ginella Massa dit pourtant tout le contraire. De fait, quelle serait la solution de rechange? 

Aurait-il fallu l’empêcher de gravir les échelons de son métier parce qu’elle porte un voile? Ou aurait-il fallu le lui interdire en ondes alors qu’au pays, le port du hijab dans l’espace public, sauf pour de nouvelles enseignantes au Québec sur leurs heures de travail, est parfaitement légal?

Biais invisibles

Si cela s’était avéré, force eût été de conclure à de la discrimination pure et simple. Et le «biais» religieux? Même sans signe visible, le «biais» religieux peut se porter en toute invisibilité, dans la tête, toutes religions confondues. L’important n’est-il pas d’exercer son métier avec professionnalisme?

Ce qui nous ramène à l’émission de Ginella Massa. Comment c’est? Elle y aborde les sujets du jour – pandémie, gestion politique, santé mentale, vaccination, l’extrême droite des Proud Boys, le bannissement de Trump des médias sociaux, tempête hivernale en Espagne, etc. 

Ses expertes et experts invités sont parfois issus de minorités visibles, parfois non. Leurs perspectives sortent souvent des sentiers battus. L’analyste montréalaise Martine St-Victor en fait d’ailleurs partie. 

Sur le panel auquel elle participe, ça parle de tout – politique, société, télé, mode, incluant même cette question : que faire du personnage de Samantha Jones dans la prochaine suite de Sex and the City?

Bref, l’émission est à l’image de son animatrice – vivifiante, dynamique et diversifiée en toutes choses. Franchement rafraîchissante.