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Donald Trump, pire président de l’histoire?

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Donald Trump n’est pas encore monté pour la dernière fois à bord d’Air Force One que déjà on se demande comment l’histoire le jugera. Quelques observateurs s’aventurent déjà à le présenter comme le pire président depuis la naissance du pays.

Vous comprendrez que je préfère me garder une «p’tite gêne» avant de porter un jugement définitif ou très tranché. Je suis convaincu que les historiens ne seront pas tendres à son égard, mais nous avons besoin d’un peu de perspective.

Il est toujours hasardeux, et peu professionnel à mon humble avis, de se prononcer de manière aussi précoce. L’évaluation ne peut se faire sans considérer tous les indicateurs du contexte dans lequel le président a évolué et le résultat dépend également des critères de performances qui seront retenus.

J’ajouterais que certaines des décisions de Donald Trump ne pourraient être correctement analysées qu’après en avoir vu les conséquences à moyen et à long terme. Sans que cette distance inverse les jugements majoritairement négatifs, elle permettra probablement d’ajouter des nuances.

Si les déchirements et les menaces de violence constituent présentement des œillères qui limitent nos horizons, il ne faudrait pas oublier que ce président a gouverné pendant deux ans dans un contexte économique favorable et qu’il a été une voix pour de très nombreux Américains oubliés ou en colère.

Si je considère que sa politique étrangère a affaibli le leadership américain sur la scène internationale, on pourra toujours faire valoir que ses coups de gueule ou ses décisions ont entraîné une sérieuse réflexion au sein des alliés traditionnels. Plus que jamais, on a compris qu’on tenait pour acquises les contributions américaines et, ne serait-ce qu’au sein de l’OTAN, on augmentera les contributions financières des partenaires.

Si on se livre malgré tout au jeu des comparaisons dès maintenant, à qui pourrait bien se comparer le président sortant? Si on se limite aux traditionnels sondages, Donald Trump est le seul président à n’avoir jamais franchi la barre des 50% d’appuis. Si on ne regarde que son dernier taux de satisfaction, il se retrouve tout au bas du classement en compagnie de Jimmy Carter et de Harry Truman.

Aux deux derniers noms, nous pourrions ajouter ceux de George W. Bush et de Herbert Hoover. Si les sondages ont été particulièrement mauvais pour ces quatre prédécesseurs de Donald Trump, les historiens en ont dans chaque cas atténué la portée des critiques. Dans le cas de Jimmy Carter, il a bien profité de ses activités après son passage à la Maison-Blanche pour rétablir sa réputation et développer une aura de vieux sage.

Je me souviens encore du tonnerre d’applaudissements sarcastiques de la foule lorsque George W. Bush a quitté la capitale lors de la première assermentation de Barack Obama. Pourtant, lorsqu’on le compare à son successeur républicain, il paraît maintenant plus avisé, plus sympathique et décent.

Si les sondages ont leurs limites et qu’ils ne sont bien souvent qu’un portrait «à chaud», ils ont aussi la faiblesse de limiter les comparaisons à l’histoire récente. Seuls certains présidents du 20e siècle ont eu le «privilège» d’être évalués de la sorte.

Comme ces sondages ne disent pas tout et qu’ils ne permettent pas une comparaison plus large, je me suis donc tourné vers les jugements de collègues historiens américains. Habituellement frileux et distants quand on leur demande de se prononcer aussi rapidement, ils sont pourtant des centaines à s’être déjà exprimés. Les résultats de l’exercice ne sont guère plus avantageux pour celui qui déménagera très bientôt à Mar-A-Lago.

Les historiens le placent aussi tout au bas du classement, dans une chaude «lutte» contre James Buchanan et Andrew Johnson. Même avec le recul et la perspective, ces deux prédécesseurs de Trump n’ont jamais trouvé grâce auprès des historiens. 

Buchanan est président de 1857 à 1861 et, pour résumer sa piètre gestion des tensions de l’époque, on a souvent surnommé la guerre de Sécession «la guerre de Buchanan». Johnson a pour sa part hérité du lourd fardeau de succéder à Abraham Lincoln. Moins talentueux et respecté, il a été dominé par les républicains radicaux de son temps et il a été le premier président à subir une procédure de destitution, à laquelle il ne survivra que par une seule voix.

Vous constatez donc qu’il sera difficile de redorer le blason de Donald Trump. Remarquez aussi que j’ai volontairement évité de limiter les comparaisons aux seuls scandales qui ont marqué son mandat, de manière à étoffer les comparaisons avec ses prédécesseurs. Si on ne se limitait qu’à ce seul indicateur, Trump «l’emporterait» haut la main.

Et vous? Comment évaluez-vous cette présidence? Je suis curieux de lire vos arguments et de consulter votre classement. Une activité comme une autre pour passer le temps avant l’assermentation de demain.