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Le grand cirque de Trump achève enfin

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Photo AFP Le président sortant Donald Trump lors d’un rassemblement de campagne en octobre dernier à Tucson, Arizona.

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L’interminable mandat d’un président qui a déjà sa place parmi les pires de l’histoire américaine tire à sa fin. Le ménage sera long et ardu. 

Une expression courante à l’ère de Trump est «Elect a clown. Expect a circus.» (Élisez un clown. Attendez-vous à un cirque.) 

Trump a été élu. Le cirque est passé. Les Américains – et tous ceux qui croient à la démocratie – doivent tirer les leçons qui s’imposent pour ne pas retomber dans le piège. 

Un cirque annoncé

Comme pour un cirque qu’on voit et qu’on sent venir, les grandes lignes de cette présidence hors normes étaient prévisibles dès 2016.

On savait que Donald Trump ne penserait qu’à lui-même, qu’il chercherait inlassablement à monopoliser l’attention, qu’il testerait les limites de l’autoritarisme en menant son administration comme une entreprise familiale et – il l’a dit lui-même – qu’il refuserait d’accepter toute défaite électorale.

On savait que cet homme d’affaires aux multiples faillites s’avérerait incompétent, qu’il n’hésiterait pas à se servir de son poste pour s’enrichir, qu’il se moquerait éperdument des normes non écrites et qu’il contournerait les normes écrites si on le laissait faire. On l’a laissé faire.

On savait que sa vision d’un intérêt national sans âme et d’un exercice du pouvoir sans balises éthiques mènerait à une dégradation du climat politique interne et externe. La confiance des Américains envers leurs institutions a atteint un creux historique, et le leadership international des États-Unis aussi. 

On savait que son discours xénophobe aux accents racistes permettrait à des groupes indésirables de s’affirmer. On pouvait anticiper que sa glorification de la force inciterait ses partisans à recourir à la violence, avec les conséquences tragiques qu’on a vues le 6 janvier et qu’on craint pour demain. 

«The Greatest Show on Earth»

Comme le cirque qui s’annonce comme le plus grand spectacle au monde, Trump se vante d’être le meilleur président de l’histoire, entre autres rodomontades. 

Tout n’a pas été noir pendant les années Trump. Il n’y a pas eu de nouvelle guerre, même si les anciennes continuent. Ailleurs, les tensions existantes n’ont pas éclaté, mais elles demeurent très inquiétantes. 

L’économie tournait rond avant la pandémie, mais c’était une croissance outrageusement inégalitaire, financée par des déficits éléphantesques. La facture astronomique de la crise pèsera pour des décennies à venir et il est loin d’être assuré que les mieux nantis paieront leur juste part.

Pour le reste, Trump a répondu aux attentes : incompétence, scandales, corruption, népotisme, abus de pouvoir, alouette. 

Le dernier tour de piste est révélateur, avec l’échec lamentable du démarrage des vaccinations anti-COVID, le «Grand Mensonge» d’une élection truquée crue par des millions d’Américains, qui en a poussé plusieurs à la violence, et l’ultime salve de grâces présidentielles nauséabondes prévue aujourd’hui.

Trump a perdu et son cirque doit quitter.

Comment expliquer que 74 millions d’Américains aient apprécié le spectacle au point de demander un rappel? Pourquoi a-t-on élevé à la présidence un homme qu’on n’oserait pas citer en exemple aux enfants?

Des traces durables

Le défi de comprendre les trumpistes est bien modeste comparé à celui de leur enlever de la tête les mensonges que l’illusionniste Trump leur a fait gober. Il faudra pourtant mettre fin aux illusions pour rafistoler un système politique démocratique et républicain digne de ces épithètes.

Le grand cirque de Trump démonte son chapiteau, mais il ne quittera pas les esprits de ceux qui se sont laissés emporter par sa conception nocive de la politique et qui pourraient souhaiter son retour. 

Le cirque s’en va. Il faudra nettoyer le dégât qu’il laisse derrière lui. Même si on y parvient, certaines odeurs vont persister longtemps.