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Pandémie: les ratés du printemps se répètent au Québec

C’est le jour de la marmotte dix mois après le début de la crise

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Photo d’archives Dans certains centres de soins, des employés passent encore de zones chaudes avec des patients contaminés aux zones froides.

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Hausse des éclosions de COVID-19 en CHSLD et RPA, hôpitaux qui transmettent le virus, employés qui tombent au combat et voyages sources d’infections: après 10 mois de pandémie, en pleine deuxième vague, l’histoire se répète au Québec.

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« Le bateau prend l’eau », remarque le professeur émérite à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, André-Pierre Contandriopoulos. Tout indique que le nouveau confinement ne donne pas les résultats escomptés, croit-il.

Employés de zone chaude à froide en CHSLD  

Luttant contre une éclosion ayant fait 10 morts et ayant infecté une cinquantaine de résidents et 30 employés, le Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Jean-De La Lande, à Montréal, a déplacé du personnel de la zone chaude à la zone froide dans la même journée. 

  • Écoutez l'entrevue de l'analyste Patrick Dery avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«Il n’y a juste pas assez de personnel», fait valoir la présidente locale de la FIQ, Françoise Ramel, qui a signalé les inquiétudes du personnel à l’employeur.

Il s’agit du «dernier recours» pour éviter un bris de service, précise Geneviève Archambault du Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle ajoute que le personnel appelé à changer de zone doit suivre des mesures de prévention et contrôle des infections, en plus de subir un dépistage régulier.

Après un répit cet été, les éclosions dans les CHSLD et résidences pour aînés (RPA) prennent de l’ampleur. Actuellement, le ministère dénombre 856 résidents de CHSLD et 1754 locataires de RPA ayant contracté le coronavirus. Le déplacement du personnel durant la première vague a été montré du doigt pour expliquer la propagation du virus.

«L’application des mesures semble inégale par endroits», souligne Roxane Borgès Da Silva de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. 

  • Écoutez La rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:  

Attraper la COVID-19 à l’hôpital  

Plusieurs cas de personnes ayant été hospitalisées pour une blessure et qui ont fini par contracter la COVID-19 durant leur hospitalisation ont fait les manchettes ces jours-ci. Certains en sont même décédés. 

Or, ces infections à l’hôpital étaient déjà dénoncées par des patients ayant vécu la même chose dès le mois de mai, et les hôpitaux n’arrivent toujours pas à contrôler les éclosions.

«C’est encore une question de très grande transmission communautaire qu’on n’arrive pas à circonscrire», indique Mme Borgès Da Silva.

Elle se demande pourquoi les millions de tests rapides, dont dispose le gouvernement dans ses entrepôts, ne sont pas utilisés pour déceler rapidement les asymptomatiques qui propagent le virus, par exemple. 

Des avions pleins de voyageurs infectés  

Lorsque la COVID-19 a d’abord frappé le Québec, le gouvernement attribuait à la semaine de relâche, et aux voyages qu’elle engendre, les nombreux cas qui secouaient la province. 

Deux semaines après le temps des Fêtes, l’Agence de la santé publique du Canada répertorie désormais chaque jour des dizaines de vols, intérieurs ou internationaux, avec des passagers infectés.

La professeure Roxane Borgès Da Silva déplore surtout le manque de suivi du gouvernement pour s’assurer que les voyageurs respectent leur quarantaine. 

Hier, Le Journal rapportait que les autorités se contentent d’appels automatisés. Mme Borgès Da Silva raconte qu’un ami s’étant rendu en France s’est quant à lui fait appeler tous les jours, à des heures différentes, durant sa quarantaine là-bas.

Des millions d’heures d’absentéisme  

De la fin octobre à la fin novembre, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dénombré plus de 3 millions d’heures d’absentéisme dans le réseau, que ce soit pour une journée ou une période prolongée. Cela «représente environ 21 650 individus à temps complet».

«Au plus fort de la pandémie de ce printemps, 12 000 travailleurs étaient absents en lien avec la COVID-19. 

Le nombre d’absences totales liées à la COVID-19 en date du 13 janvier est de 7757», écrit un porte-parole du MSSS.

Le professeur André-Pierre Contandriopoulos fait valoir que même si les établissements assuraient avoir appris des leçons de la première vague, le réseau de la santé n’a pas eu le temps de changer en 10 mois et qu’il n’y a pas significativement plus d’employés. Sans compter la fatigue qui augmente, dit-il.