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Biden: faut-il absolument être enthousiaste?

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Photo AFP Biden doit réconcilier son pays.

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Je confesse quelques réserves quant à l’enthousiasme forcé qui entoure l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. 

Qu’on se réjouisse du départ de Donald Trump est une chose fort compréhensible, d’autant qu’il aura vécu les dernières semaines dans la disgrâce. Sa tentative désespérée de renverser les résultats électoraux aura souillé son héritage. Son départ sur le mode de l’exil intérieur était pitoyable.

Trump aura incarné jusqu’au bout un ego hypertrophié – d’ailleurs, on l’oublie, mais sa campagne, plus que mauvaise, portait davantage sur sa personne que sur un programme. Il canalisait certainement un malaise depuis quatre ans, mais il ne sera jamais parvenu à le traduire vraiment en projet politique.  

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Trump

Mais Biden, qui n’incarne pas exactement la vitalité, risque d’être débordé bientôt par l’aile woke du Parti démocrate, animée par une psychologie fanatique et vengeresse. 

Elle ne veut pas seulement en finir avec Trump, mais liquider ceux qui, depuis quatre ans, ne l’ont pas condamné unilatéralement. 

Je ne parle pas ici des factieux de Washington qui, le 6 janvier dernier, se sont lancés de la plus condamnable des manières à la conquête du Capitole, et qui doivent être punis pour cela, mais de ceux qui ont fait de Trump le vecteur d’une critique quant aux grandes orientations qui commandent aujourd’hui le destin des États-Unis. 

Ceux qui se reconnurent dans ses critiques de la gauche radicale, de la mondialisation sans frontières et des aventures impériales américaines étaient en droit de le faire. La plupart d’entre eux ont voté pour lui sans enthousiasme ni hésitation. 

Il faut, en politique, se méfier des purges et de ceux qui veulent en finir avec leurs adversaires de la veille.

C’est pourtant une telle chose qui s’annonce, comme on le voit avec les grandes entreprises numériques qui veulent désormais, au nom de la lutte contre la « haine », restreindre considérablement le périmètre de la liberté d’expression, et qui catalogueront dans le domaine des discours haineux toute forme d’opposition véritable à l’idéologie dominante. 

J’y reviens : on est en droit de craindre que Biden, ce sympathique vieillard, ce président improbable, qui a mené sa campagne à partir de son sous-sol, soit débordé par la révolution woke. 

Pour reprendre une formule usée, Biden ne risque-t-il pas d’être un président de transition ? Qui représente vraiment l’avenir du Parti démocrate ? Lui ou les agités des campus ?

Réconciliation

Joe Biden a un devoir historique. Son pays est en train de se diviser en deux peuples hostiles. 

Peut-il les réconcilier pour qu’ils n’en forment à nouveau qu’un seul ? Tel était le sens de son discours inaugural. 

Pour cela, il doit tendre la main non pas à Trump, évidemment, non plus qu’aux militants trumpistes hallucinés, mais aux dizaines de millions d’électeurs qui ont voté pour le sortant, et qu’il ne peut réduire à des fascistes factieux. 

Pour cela, il devra tenir tête aux radicaux de son propre camp. Il a quatre ans devant lui, pas huit.