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Libération d’Eustachio Gallese: «lacunes majeures» dans la surveillance du meurtrier

Des signes précurseurs auraient dû être pris en compte par l’équipe de gestion du tueur Eustachio Gallese

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Le comité d’enquête chargé de faire la lumière sur le meurtre de Marylène Levesque a constaté des « lacunes majeures » dans la surveillance de l’équipe de gestion du meurtrier, à qui l’on a permis de façon « totalement inappropriée » d’aller à trois reprises dans un salon de massage.

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C’est la principale conclusion de ce Comité d’enquête national sur le Service correctionnel du Canada (SCC) et la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), qui a fait 25 entrevues avec les intervenants au dossier.

Marylène Levesque a été tuée de plusieurs coups de couteau par Eustachio Gallese le 22 janvier 2020.
Photo d’archives tirée de Facebook
Marylène Levesque a été tuée de plusieurs coups de couteau par Eustachio Gallese le 22 janvier 2020.

Marylène Levesque a été tuée dans une chambre d’hôtel de Sainte-Foy par Eustachio Gallese, le 22 janvier 2020. 

Gallese était en semi-liberté après avoir purgé une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 15 ans pour le meurtre d’une première conjointe, Chantale Deschesnes, en 2004.

Eustachio Gallese
Photo courtoisie
Eustachio Gallese

Un mois après le meurtre de Marylène, le délinquant a plaidé coupable à une accusation de meurtre prémédité et condamné à la prison à vie sans possibilité de sortir avant 25 ans. 

« Signes précurseurs »

Selon le comité d’enquête, Gallese présentait « des signes précurseurs » dans la gestion de ses émotions « que l’équipe de gestion de cas n’a pas évalués de façon adéquate ».

Ces nombreux signes précurseurs démontraient une « désorganisation dans la vie [de Gallese] qui était directement liée à son cycle de délinquance ».

La permission que l’équipe de gestion a accordée au meurtrier de fréquenter un salon de massage pour des fins sexuelles à au moins trois occasions était un facteur de risque, et l’équipe a « sous-estimé la probabilité que le délinquant crée des liens affectifs avec une employée ».

Une enquête disciplinaire est aussi en cours sur le personnel impliqué dans cette affaire, qui avait d’ailleurs été réassigné et avait perdu la fonction liée à la surveillance.

La commissaire du SCC, Anne Kelly, a répété plusieurs fois que la stratégie élaborée pour le délinquant, à savoir l’autorisation de fréquenter des salons de massage, était « totalement inappropriée ».

Elle affirme n’avoir jamais vu une telle stratégie en 37 ans de carrière ni recensé « aucun cas similaire » dans tout le Canada.    

  • Écoutez l'entrevue avec Pierre Paul-Hus, ministre du cabinet fantôme conservateur de la sécurité publique, des services frontaliers et de la protection civile pour le Parti conservateur du Canada sur QUB radio    

Surveillance retirée

Parmi les cinq recommandations, le changement le plus important affectera les huit centres résidentiels communautaires du Québec – les maisons de transition – qui se voient retirer le mandat de surveillance directe des délinquants.

La maison Painchaud perdra cette responsabilité dès le 31 mars. À terme, c’est quelque 120 délinquants qui seront dorénavant surveillés par le SCC.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, qui travaille à la reprise de l’enquête sur Marylène par le Comité permanent de la sécurité publique à Ottawa, déplore qu’aucun blâme ne soit fait à la CLCC, dont les nominations sont politiques.

« On blâme le plus bas niveau de l’échelle, on s’attaque à l’agent et on lave les mains des commissaires », déplore-t-il.  

CHRONOLOGIE DES DRAMES  

  • 21 octobre 2004 : Jaloux, Eustachio Gallese tue sa conjointe de l’époque, Chantale Deschesne, à coups de marteau.   
  • 16 décembre 2006 : Il est condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre au second degré de Mme Deschesnes, sans possibilité de libération avant 15 ans.   
  • 19 septembre 2019: En audience, la Commission des libérations conditionnelles du Canada apprend que Gallese fréquente un salon de massage. Sa semi-liberté n’est pas révoquée, mais on lui interdit de fréquenter les salons.   
  • Automne 2019 : Gallese continue de fréquenter les salons de massage et Marylène Levesque, à l’insu de son équipe de gestion.   
  • 22 janvier 2020 : Au terme d’un souper dans un hôtel de Sainte-Foy, il tue Mme Levesque de plusieurs coups de couteau.   
  • 27 février 2020 : Il plaide coupable à une accusation de meurtre prémédité. Il est condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans.         

La famille satisfaite des conclusions du rapport  

Un an après la mort tragique de Marylène Levesque, sa famille se dit « satisfaite » des conclusions du rapport, même si des questions demeurent pour toujours.

Le rapport du comité d’enquête, rendu public la veille de la date fatidique du 22 janvier, est venu ajouter au fardeau de la famille, dont la blessure laissée par le départ de Marylène est toujours béante.

L’avocat Dominique Bouchard, qui s’est exprimé au nom de la mère de la victime, affirme cependant que celle-ci est satisfaite des conclusions. 

Selon l’avocat, la famille est soulagée de voir que la commissaire du Service correctionnel canadien a admis « la grossière erreur » commise par le service en acceptant que Gallese commette une infraction criminelle pour se rendre dans un salon de massages.

Éviter d’autres drames

Elle croit que les changements apportés dans la supervision des délinquants en maison de transition vont peut-être servir à éviter des drames semblables. 

Reste que pour une proche de Marylène, le fait que l’on n’impute aucune faute à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) est « extrêmement difficile » à prendre.

Claudia Boivin déplore que les personnes responsables cette décision n’aient pas été sanctionnées. 

« Leur décision a pourtant mis la vie de Marylène en danger et s’est résulté d’une mort terrible, violente et indescriptible, déplore la jeune femme. Il va falloir qu’un autre malheureux drame arrive pour que la CLCC prenne ses responsabilités, j’imagine », conclut-elle.