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Kamala Harris, bien plus qu’un symbole

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Photo AFP Le contexte pourrait malgré tout favoriser Mme Harris pour la présidentielle 2024.

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En raison de l’assaut sur le Capitole le 6 janvier et de ses retombées, les médias ont accordé moins d’attention que prévu à l’assermentation de Kamala Harris.

Bien sûr, les réseaux sociaux se sont emballés quand elle est apparue au bras de son époux, vêtue d’un spectaculaire ensemble mauve. Le choix d’une couleur mélangeant le bleu démocrate au rouge républicain constituait un appel à l’unité, au rapprochement politique. Le mauve était aussi un clin d’œil à la couleur des vêtements retenue par Shirley Chisholm, première femme noire élue au Congrès en 1972.

Il n’est pas anodin non plus que Mme Harris ait prêté serment devant la première juge hispanophone de l’histoire à siéger à la Cour suprême. Sonia Sotomayor et la vice-présidente ont représenté l’espace de quelques courtes minutes l’ascension des femmes et des minorités vers les fonctions les plus prestigieuses des institutions politiques américaines.

Au-delà de l’image

Au-delà de ces images puissantes, on a fait trop peu de cas du pouvoir réel dont dispose désormais Kamala Harris. On peut même prétendre qu’elle est actuellement la femme la plus influente de Washington. S’il faut en croire Joe Biden, elle bénéficiera d’une place autour de la table pour toutes les décisions majeures et on lui confiera des dossiers importants.

On pointe souvent en direction de Nancy Pelosi quand on veut associer femme à pouvoir, mais la présidente de la Chambre aura déjà fort à faire pour maintenir l’unité au sein de ses troupes et on lui prête déjà l’intention de préparer sa succession. 

L’influence de Kamala Harris devrait d’abord être perceptible au Sénat. La chambre haute étant partagée également entre démocrates et républicains, c’est à elle que reviendra la décision finale. La complicité et la collaboration entre Joe Biden et Kamala Harris seront constamment sollicitées, à tout le moins jusqu’aux élections de mi-mandat, en 2022.

Outre son rôle crucial au Sénat, la participation de la première femme issue des minorités à accéder à la vice-présidence revêt une importance stratégique. Joe Biden doit sa victoire et sa majorité au Sénat au vote des femmes et, surtout, à celui des minorités, particulièrement en Géorgie. Soyez assurés qu’il en est parfaitement conscient et qu’il se chargera d’envoyer le bon message à ces deux clientèles électorales.

Horizon 2024

On a bien souvent souligné que la présidence Biden pourrait en être une de transition et que le politicien du Delaware se limiterait à un seul mandat. Si j’ai des réserves à ce sujet, le contexte pourrait malgré tout favoriser Mme Harris pour la présidentielle 2024.

Le Parti démocrate aura les yeux rivés sur la performance de la vice-
présidente, qui dispose de quelques années pour analyser la mécanique du pouvoir, mais aussi pour étendre ses tentacules et développer un solide réseau. 

Habile pour attirer les bailleurs de fonds, mais peinant à soulever l’enthousiasme pendant les primaires 2020, il sera intéressant d’observer si elle saura profiter du tremplin de la vice-présidence pour briser le fameux plafond de verre.