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François Bonnardel et le danger du syndrome Gérald Tremblay

Periode des questions
Photo d'archives François Bonnardel

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Vous souvenez-vous de Gérald Tremblay ? Maire de Montréal pendant plus d’une décennie jusqu’en 2012, Tremblay a toujours prétendu qu’il ne savait rien des magouilles dans sa propre administration et son propre parti politique.

Le système a été amplement décrit à la commission Charbonneau, mais c’était il y a plus de 8 ans, alors pourquoi ne pas se rafraîchir la mémoire ?

Pour résumer, une poignée de firmes de génie et d’entrepreneurs se partageaient les contrats grâce à des appels d’offres truqués, et pouvaient ainsi fixer les prix à leur guise. En retour, Union Montréal, le parti du maire, recevait une ristourne de 3 % en argent comptant. Un organisateur du parti a même témoigné sous serment que la porte du coffre-fort ne fermait plus, tellement il était bourré de liasses d’argent comptant.

Pendant ce temps, Gérald Tremblay regardait ailleurs.

Ce bon catholique donnait l’impression d’avoir laissé à d’autres le soin de gérer les vraies affaires de la Ville, pendant qu’il s’occupait des fonctions protocolaires, des conférences de presse et autres dîners de chambre de commerce.

Il s’en amusait

Je ne connais personne qui croit sérieusement que l’ex-maire était animé par de mauvaises intentions. C’est peut-être pourquoi il était si tentant de rigoler de sa naïveté. Le député de Granby à l’Assemblée nationale François Bonnardel ne s’est d’ailleurs pas gêné pour le faire.

En mai 2016, par exemple, le gouvernement libéral était ébranlé par une crise au ministère des Transports (MTQ). La sulfureuse sous-ministre Dominique Savoie (ramenée récemment à la Santé par le gouvernement Legault) perdait son poste dans la foulée d’allégations d’irrégularités et d’entraves à des enquêtes sur l’octroi de contrats du MTQ.

À l’Assemblée nationale, M. Bonnardel, alors député d’opposition, en profitait pour attaquer le premier ministre Philippe Couillard. 

« Nous sommes obligés de conclure qu’il est atteint du syndrome “Gérald Tremblay” et qu’il ne voulait pas savoir », raillait-il à propos des problèmes au MTQ.

Son patron François Legault promettait quant à lui de faire « le ménage qui s’impose au ministère des Transports », et traitait Philippe Couillard de « touriste ».

De critique à ministre

Cinq ans plus tard, en 2021, c’est la CAQ qui est au pouvoir et François Bonnardel qui est responsable du ministère des Transports.

Sauf que le ménage n’est pas fini au MTQ. Loin de là. Ce lundi, mon collègue Nicolas Lachance révélait que la division des enquêtes du ministère a été saignée à blanc et qu’il y a de multiples plaintes de harcèlement psychologique. Bref, c’est encore le bordel au MTQ, et des sources craignent le retour de la collusion.

François Bonnardel a refusé deux fois plutôt qu’une cette semaine, via son attachée de presse, de s’expliquer à notre journaliste qui avait enquêté pendant des semaines sur son ministère. Par contre, il est allé sur les ondes de LCN pour minimiser notre reportage.

Six personnes, vraiment ?

Lors de l’entrevue, il a notamment affirmé que le MTQ comptait six personnes dédiées aux enquêtes.

Désolé, monsieur le ministre. Votre ministère ne compte pas six personnes dédiées aux enquêtes. Il en compte une seule. Quatre des six postes sont vacants depuis plus d’un an, et un est en processus de dotation. C’est le MTQ lui-même qui nous a confirmé cette information avant les Fêtes. 

M. Bonnardel a également affirmé en ondes que notre article ne faisait pas mention de la présence de l’Autorité des marchés publics (AMP), ce qui est également faux. Du reste, la dizaine d’enquêteurs de l’AMP qui sont temporairement au MTQ peuvent évaluer les contrats octroyés, mais ne réalisent aucune enquête sur le terrain, comme le faisaient les employés de la division des enquêtes du MTQ avant de démissionner en alléguant un climat de travail toxique.

Et si Gérald Tremblay n’était pas le seul à ignorer ce qui se passe dans sa propre cour ? 

Jean-Louis Fortin

Directeur du Bureau d’enquête