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«Je n’écris pas pour faire des livres, j’écris et cela donne des livres » - Olivia Tapiero

PORTRAIT-OLIVIA-TAPIERO
Photo Agence QMI, Dominick Gravel L'autrice Olivia Tapiero.

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À l’instar des jeunes de sa génération, Olivia Tapiero refuse d’être mise dans une case, aussi bien en tant que personne qu’en tant que créatrice. Pas étonnant alors que Rien du tout – sa 4e œuvre tendant ici vers l’essai, là vers le recueil de poésie et le récit – se fasse aussi libre qu’indéfinissable, à son image. 

« Ce texte-là, pour moi, ne répond de rien, affirme d’une voix assurée l’autrice âgée de 30 ans. C’est au monde à répondre de lui. » Cette réflexion sur le monde, il était évident dans son esprit qu’elle allait la partager un jour. Et qu’elle le ferait à sa façon. 

<strong><em>Rien du tout</em><br>Olivia Tapiero</strong><br>Mémoire d’encrier<br>136 pages
Photo courtoisie
Rien du tout
Olivia Tapiero

Mémoire d’encrier
136 pages

Pour celle pour qui les livres sont des engagements poétiques autant que politiques, tout a commencé par la lecture. « Quand j’étais adolescente, j’avais un peu des problèmes d’intégration avec les gens de mon âge, donc je lisais énormément, explique-t-elle. J’étais très attirée par la philo, j’aimais beaucoup Camus, Georges Bataille, Virginia Woolf... J’étais très préoccupée par la mort, le passage du temps, la guerre, l’histoire... » 

Elle a aussi commencé à écrire assez jeune, publiant un premier roman en 2009 (Les murs, qui lui a valu le prix Robert-Cliche) alors qu’elle entamait des études supérieures en littérature, un second pendant ses études (Espaces) puis un troisième (Phototaxie) après les avoir terminées. 

« C’était une manière de mieux habiter le monde, pour moi, d’écrire. D’à la fois cultiver une distance et peut-être réduire cette distance avec le monde. » 

À l’Université, elle affirme s’être fait « gaver de littérature européenne, blanchissime et canonique » lui offrant une solide culture générale. C’est par elle-même qu’elle est allée se nourrir – d’un point de vue littéraire et au niveau de sa pensée – à l’extérieur du cursus universitaire. « J’allais vers d’autres auteurs, penseurs et philosophes. »

Aussi musicienne, la pianiste a finalement opté pour une carrière en traduction, retrouvant dans le langage sonore de la littérature une forme de musicalité.

L’écriture qui impose sa forme

Cela fait des années que le texte de Rien du tout est en gestation. Des notes par fragments, l’écrivaine en a pris pendant les quatre dernières années pour que la composition prenne forme, se modifie puis puisse reprendre forme. 

« C’est un livre où je parle de violences genrées, de disparition des écosystèmes, de santé mentale, etc. Pour moi, c’est intéressant de voir comment ces choses sont liées entre elles. »

Si ce texte diffère de ce qu’elle a fait auparavant, il se veut pourtant le prolongement d’une même réflexion autour du mal-être. Et c’est en se défaisant de certains mécanismes (tels le personnage, les événements ou la structure dite plus linéaire) que l’autrice a su insuffler à Rien du tout ce vent de pure liberté.  

Dans ce livre écrit avant la pandémie, celle qui dit avoir l’habitude de se faire traiter d’alarmiste aborde des thèmes devenus franchement d’actualité. « Ça parle de violence raciale et de la montée du totalitarisme ; le totalitarisme comme extension du patriarcat et de l’État en fait même. Cela traverse le livre. »