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La sécurité alimentaire française, de la foutaise!

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Photo AFP Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, n’a pas hésité à s’opposer à l’acquisition possible de Carrefour par Couche-Tard au nom de la sécurité alimentaire.

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Le gouvernement français a très vite réagi à l’offre amicale d’Alimentation Couche-Tard d’acheter Carrefour.

D’ailleurs, dans la foulée de ses interventions, différentes figures politiques ont rapidement mentionné qu’une telle transaction serait une menace à la sécurité alimentaire des Français.

De la bouillie pour les chats, point.

D’abord, la sécurité alimentaire se définit de différentes façons. Mais lorsque toutes les personnes, à tout moment, ont un accès physique, social et économique à des aliments suffisants, sûrs et nutritifs qui répondent à leurs besoins alimentaires pour une vie active et saine, une nation a bel et bien atteint son seuil de sécurité alimentaire.

Bien sûr, rien de cela ne peut se faire sans une distribution alimentaire qui fonctionne, et la chaîne Carrefour, basée en France, est le septième plus gros distributeur alimentaire au monde.

Le modèle Carrefour

Carrefour réalise la majorité de son chiffre d’affaires à l’extérieur du pays français, et certaines de ses idées à succès, comme ses hypermarchés, ont été inspirées de modèles provenant d’ailleurs. Les activités des secteurs de la distribution et du détail, comme la restauration d’ailleurs, s’exercent dans un contexte dynamique et toujours en transition.

Les stratégies de mise en marché ont bien changé depuis quelques décennies, ce qui explique pourquoi Carrefour est présente dans plus de 30 pays.

Des consommateurs non français considèrent l’offre de Carrefour comme amplement acceptable pour leurs besoins, car elle leur propose de l’abondance, une qualité supérieure et des prix abordables.

Produits québécois

Les Canadiens n’hésitent pas non plus à acheter chez Walmart et Costco qui, soit dit en passant, vendent énormément de produits québécois et canadiens. Le nombre de produits locaux a augmenté depuis quelques années, puisque les consommateurs l’exigent. Ce sont les lois du marché.

Si, au contraire, Metro était vendue, par exemple, les Québécois pourraient dormir tranquilles. Cependant, la classe politique, quant à elle, y compris les excités de l’Union des producteurs agricoles, crierait sûrement au loup en déblatérant toutes sortes d’excuses pour manifester ses inquiétudes.

Ciel, le Québec l’a fait pour les marteaux chez Réno-Dépôt ! C’est certain qu’il y a de la place pour de telles sottises dans le domaine alimentaire. Autrement dit, Alimentation Couche-Tard a goûté à la médecine québécoise, mais en Europe.

La sécurité alimentaire

Mais, plus sérieusement, le sens même de la sécurité alimentaire prend une tout autre allure dès que nous nous rapprochons des terres ou de la ferme. Il y aura toujours une certaine sensibilité politique lorsque l’agriculture fait l’objet d’une transaction étrangère.

Le gouvernement Harper avait bloqué en 2011 l’offre d’achat de Potash Corp par la géante australienne BHP Billiton, et c’était de la simple potasse. Puisque l’on ne peut faire de la terre une ressource précieuse, les gouvernements font toujours preuve d’une extrême prudence avec les terres agricoles, et avec raison.

La transformation alimentaire 

La transformation alimentaire, le point d’ancrage stratégique de la filière, doit aussi éveiller une sensibilité. Pour la sécurité alimentaire d’une nation, elle est aussi une priorité. Une transformation intérieure importante permet à la filière de se protéger contre les fluctuations monétaires et des tensions commerciales entre pays qui mènent à des embargos et à des restrictions.

Mais, souvent, nos gouvernements l’oublient. Agropur, un joyau du secteur sacré qu’est le lait au Québec, vient de vendre sa grande division de yogourt à la multinationale française Lactalis, et à Québec, rien n’a été fait. La propriété intellectuelle, l’innovation créée par Agropur, appartient désormais à des Français.

Mais nous ne sommes que 38 millions au Canada, l’un des plus grands pays du monde. Le Canada doit attirer des investisseurs de l’extérieur, y compris pour soutenir notre secteur agroalimentaire. Alors, il faut quand même garder l’esprit ouvert. Mais, pour ce qui est de la transformation, la vigilance de nos instances politiques a rarement été au rendez-vous ces dernières années.


♦ Dr Sylvain Charlebois, professeur titulaire Faculté de management et d’agriculture Université Dalhousie