/finance/news
Navigation

Les Québécois pressés comme un citron

AdobeStock_87994524 [Converti]
Illustration Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Et si on était taxés comme les Albertains ?

La question est purement hypothétique, mais n’empêche, en cherchant la réponse, cela permet de mesurer sous un autre éclairage le fardeau fiscal qui pèse sur les épaules des contribuables québécois.

Je ne vous ferai pas languir, la réponse est déjà toute prête : les particuliers de la Belle Province paieraient près de 29 milliards $ (G$) en moins d’impôts et de taxes si on implantait ici le régime fiscal de l’Alberta.

Voilà un gros chiffre susceptible d’exciter l’envie des libertariens. Mais il ne raconte pas toute l’histoire.

Les impôts les plus lourds

Ce chiffre provient d’une étude réalisée par Julie S. Gosselin et Luc Godbout, de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke.

Qu’est-ce que ça ferait si on taxait les Québécois comme les Ontariens, les Manitobains, et les autres ? C’est la question que se sont posée les deux experts qui ont évalué l’effet d’appliquer au Québec la structure fiscale des neuf autres provinces canadiennes.

Je vous ai livré d’entrée de jeu le résultat de la comparaison avec l’Alberta. Il est le plus frappant, notamment en raison de l’absence là-bas de taxes de vente.

Le tableau dans la page donne le portrait d’ensemble. Ce que révèlent ces chiffres, c’est que le gouvernement du Québec prélève plus d’argent des poches des particuliers que partout ailleurs. Ils indiquent ce qu’on paierait en moins (ou en plus), si on était soumis au régime fiscal des voisins. Comme vous voyez, on distingue l’impôt sur les revenus, les taxes à la consommation et les cotisations sociales.

Dans la foulée, une partie de cet argent est toutefois redistribuée sous forme de crédits d’impôt remboursables et d’allocations familiales (partie gauche du tableau). Ce transfert fait en sorte que l’écart net rétrécit, il se renverse même avec les provinces de l’Atlantique, à l’exception du Nouveau-Brunswick.

Des services de plus au Québec

Tout de même, un fossé important persiste entre le Québec et l’Alberta (23 G$), la Colombie-Britannique (14,6 G$), la Saskatchewan (10,4 G$) et nos voisins de l’Ontario (10,2 G$).

En revanche, comme le signalent les auteurs de l’étude, les Québécois ont droit en retour à plus de services. 

Ici, il y a des garderies subventionnées, de l’assurance médicaments, le Régime québécois d’assurance parentale et des frais de scolarité plus faibles. Le Québec a aussi fait le choix de maintenir au plus bas ses tarifs d’électricité.

Est-ce que ça explique tout ? 

Pas sûr. 

Luc Godbout en convient, soulignant par exemple le fait qu’en Alberta, la population est plus jeune. Une société plus jeune génère plus de revenus fiscaux tout en coûtant moins cher en services.

On devrait étudier les écarts de productivité, il y a certainement là une part d’explication, mais les universitaires n’ont pas poussé leur analyse jusque là.

En fin de compte, en appliquant ici la structure fiscale de l’Alberta, les Québécois ne se retrouveraient pas forcément avec 23 milliards de dollars nets dans leur poche, il leur faudrait casquer davantage pour les médicaments, les services de garde, etc.

Pendant que nous y sommes, restons en Alberta. Signalons que les revenus pétroliers ont pour une bonne part permis d’épargner le portefeuille des particuliers. À cet égard, ça ne s’annonce pas pour le mieux. Il lui faudra bien un jour aller piger dans les poches des consommateurs à l’aide d’une taxe.

Un écart qui s’agrandit

On peut donc se consoler, mais pas trop quand même. L’étude démontre que le fardeau fiscal des Québécois, en comparaison de celui des Canadiens, va en augmentant. L’écart se creuse depuis 2010.

J’avais vraiment l’impression qu’on payait moins d’impôt qu’avant au Québec, mais des hausses de taxes, des cotisations supplémentaires au RRQ et l’implantation du Régime québécois d’assurance parentale, entre autres, ont accru au cours des années la pression fiscale exercée sur les Québécois.

Malgré les circonstances, on comprend alors les réticences de Québec à vouloir siphonner davantage d’argent de nos poches.



Impôt sur le revenu Taxes à la consommation Cotisations sociales Écart total brut Crédits remboursables Allocations familiales Écart total net
Alberta 11 805 15 901 1129 28 835 -4042 -1828 22 965
Colombie-Britannique 11 020 8614 1129 20 763 -3971 -2187 14 605
Saskatchewan 8969 5668 1129 15 766 -2924 -2471 10 371
Ontario 9058 3148 1129 13 335 -1260 -1860 10 215
Manitoba 1216 6977 1129 9322 -775 -2428 6119
Nouveau-Brunswick 3349 1972 1129 6450 -1732 -2384 2334
Nouvelle-Écosse 452 2404 1129 3985 -3431 -2322 -1768
Terre-Neuve-et-Labrador 2407 -648 1129 2888 -2959 -2378 -2449
Île-du-Prince-Édouard 1370 -2 1129 2497 -3606 -2471 -3580