/weekend
Navigation

Les beaux malaises 2.0 : Martin Matte, sans complexe

ART-MARTIN-MATTE
Photo Agence QMI, Joël Lemay Martin Matte.

Coup d'oeil sur cet article

Le milieu de l’humour a beau être visé par plusieurs combats entourant l’emploi de certains mots et l’utilisation de certains symboles, Martin Matte se censure de moins en moins. Ce qui ne veut pas dire qu’il rejette toutes les luttes qui abondent depuis quelque temps. Pendant l’écriture des nouveaux épisodes des Beaux malaises, par exemple, il s’est posé davantage de questions. « J’ai changé des punchs pour éviter de tomber dans certains clichés. Ça m’a forcé à aller plus loin, à pousser la réflexion pour savoir si c’était intelligent, si c’était bien ficelé... »  

Les téléspectateurs verront le résultat des efforts de l’humoriste dès mercredi à TVA.

Quatre ans après avoir quitté l’antenne, la populaire comédie revient pour 10 nouveaux épisodes qui « grafignent », un pari risqué en 2021 compte tenu des réactions de plus en plus épidermiques qu’on observe par rapport aux blagues qui dérangent.

« Il faut que ça aille loin. Il faut qu’il y ait des malaises. Qu’est-ce que tu veux que j’te dise ? Je suis fait de même. C’est dans mon ADN », répond l’auteur au téléphone.

Échaudé ?

ART-MARTIN-MATTE
Joël Lemay / Agence QMI

Martin Matte a pourtant été échaudé en 2020. Au printemps, il s’est retrouvé au centre d’une controverse découlant du mouvement de rectitude politique quand Maxi a retiré – en raison des commentaires outrés d’internautes – une publicité dans laquelle il portait un costume pour paraître obèse.

Plusieurs organismes ont taxé les supermarchés et l’humoriste d’entretenir la grossophobie.

« J’ai trouvé que c’est allé trop loin, mais somme toute, ça m’a fait réfléchir. Quand j’ai vu qu’on m’accusait de détester les gros, ça dépassait l’entendement. J’ai eu plus de 15 000 messages sur Facebook. Je ne les ai pas tous lus, mais j’en ai lu plusieurs centaines. Et j’en ai vu aucun de négatif. »

« La pub de Maxi, c’était juste un clin d’œil au premier confinement. Le monde mangeait plus. C’était juste pour dire : “Faites attention !” Rien de plus. »

Suivre son instinct

Quand on consulte les résultats d’un récent sondage Léger-Journal de Montréal dans lequel il apparaît au 2e rang des meilleurs humoristes de l’histoire du Québec, derrière Yvon Deschamps, on comprend que l’affaire Maxi n’a pas terni l’image de Martin Matte.

Cette étude confirme également qu’il doit continuer de suivre son instinct.

« J’ai fait toute ma carrière comme ça : je suis arrogant, je suis baveux, mais je gagne des trophées. Ça m’étonne à chaque fois. Comme les cotes d’écoute des Beaux malaises m’ont toujours étonné. On avait deux millions de personnes par semaine et pourtant, les sujets étaient heavy, des fois. »

Lâcher-prise

Depuis qu’il a fêté son 50e anniversaire, en avril dernier, Martin Matte ressent « une sorte de lâcher-prise ». Plus que jamais, il souhaite proposer de l’humour sans compromis.

« Laissons les artistes s’exprimer. Et arrêtons de monter aux barricades et capoter quand quelque chose nous grafigne un peu. Quelque chose t’a froissé ? OK, analysons. Parce que ça n’a pas de sens qu’on retire quelque chose des ondes pour une personne quand 100 000 n’y voient aucun problème. »  


TVA présente Les beaux malaises 2.0 les mercredis à 21 h. À compter du 27 janvier.

Une séparation qui inspire  

Martin Matte et Julie Le Breton dans <em>Les beaux malaises 2.0</em>.
Photo courtoisie, Véro Boncompagni
Martin Matte et Julie Le Breton dans Les beaux malaises 2.0.

Martin Matte s’est inspiré d’une « épreuve que beaucoup de familles vivent » pour écrire Les beaux malaises 2.0 : une séparation. En 2017, l’auteur a rompu avec Vicky Pomerleau, sa conjointe des 30 années précédentes.

Voilà pourquoi (alerte au divulgâcheur si vous n’avez pas encore regardé la bande-annonce) cette suite racontera la rupture de Martin et Julie.

« J’ai vraiment écrit avec mes tripes. Ça se sent, je crois », déclare Martin Matte.

Aller de l’avant

L’accouchement des Beaux malaises 2.0 s’est déroulé en plusieurs étapes. Après avoir couché quelques idées sur papier, Martin Matte s’est tourné vers François Avard, son fidèle complice d’écriture, pour savoir ce qu’il en pensait. Il s’est aussi entretenu avec Julie Le Breton, Fabien Cloutier et Michèle Deslauriers, pour mesurer leur degré d’enthousiasme.

Leurs réponses l’ont convaincu d’aller de l’avant.

« Je sentais aussi que j’avais un bon sujet. Se séparer, c’est quelque chose de commun, parce qu’un couple sur deux y passe, mais ce n’est pas banal. Ça reste très intense. »

Pas facile

Martin Matte a mis une année entière à pondre ces 10 nouvelles demi-heures de comédie, comparativement à six ou sept mois pour chacune des trois premières saisons. Et pourtant, il n’avait eu aucune difficulté à replonger dans l’univers qu’il avait créé en 2013.

C’est plutôt le climat d’instabilité lié au coronavirus qui l’a ralenti.

« J’ai trouvé ça difficile. Parce que personne ne savait quand on allait pouvoir tourner. »

Malgré tout

Dirigé par Robin Aubert (Les affamés), le tournage des Beaux malaises 2.0 s’est avéré plus agréable que prévu en dépit des restrictions sanitaires.

« Oui, ça fait chier d’arriver, de porter un masque durant toute la journée, de manger tout seul dans ta petite loge... Mais c’était vraiment tripant pareil, insiste Martin Matte. Et bizarrement, la pandémie a aidé. En voyant les protocoles, les distances, les lunettes, les masques, on avait prévu des jours de plus pour tourner, mais en bout de ligne, ça allait presque aussi vite que d’habitude. On s’est retrouvés avec plus de temps. Ça nous a permis de peaufiner les textes, de travailler nos affaires, de discuter des scènes... »

Une bonne décision

ART-MARTIN-MATTE
Photo courtoisie, Véro Boncompagni

Alors qu’il achève le montage des nouveaux épisodes, Martin Matte se félicite d’avoir profité de 2020 pour mener ce projet à terme.

« L’été dernier, j’ai hésité. Est-ce qu’on repousse d’une année ? Heureusement, on a pris la décision d’y aller, et aujourd’hui, je suis content de l’avoir fait parce qu’on a besoin de divertissement. Il n’y a pas de COVID dans Les beaux malaises. C’est la vie avec ma blonde, les enfants, les amis... Ça va faire du bien aux gens. » 

La COVID frappe durement sa Fondation  

La COVID-19 a bouleversé les activités caritatives de Martin Matte.

La pandémie a notamment forcé l’humoriste à revoir la formule des Beaux 4 h, un événement annuel qui finance en grande partie sa Fondation, laquelle vient en aide aux personnes ayant subi un traumatisme crânien.

À défaut de réunir de 500 à 600 skieurs du mont Saint-Sauveur, Matte invite les gens à cumuler 4 heures d’activité sportive en février. Le tout, en recueillant des dons.

L’objectif a été fixé à 250 000 $ cette année. En février 2020, près de 500 000 $ avaient été récoltés.

« On a visé un peu plus bas, précise Martin Matte. Pour le moment, c’est pas pire. On est rendu à 100 000 $. Mais je n’ai pas l’impression qu’on va atteindre les montants de l’an dernier. Parce que les entreprises sont en difficulté. Alors, elles donnent moins. »

Les victimes touchées

La pandémie frappe la Fondation Martin-Matte, mais elle frappe surtout les victimes, précise son président et co-porte-parole (avec Fabien Cloutier).

« Mon frère vit dans une résidence. Il n’a pas le droit d’avoir des visiteurs. Il a passé Noël tout seul dans sa chambre. Quand tu vas le voir, c’est à travers une vitre et t’envoies la main. Il n’a plus de vie sociale. C’est violent comme situation. »

Lassitude pandémique

D’un point de vue personnel, Martin Matte avoue être « extrêmement tanné » de toute cette pandémie. Et quand il jette un œil aux dernières nouvelles par rapport au nombre d’infections, il voit mal comment on peut penser s’en sortir bientôt.

« C’est dur d’être optimiste. J’habite à Montréal, et tout ce que j’aime est fermé. Je suis quelqu’un qui consomme beaucoup, beaucoup de culture habituellement. Je suis membre au Musée des Beaux-Arts, je vais au cinéma à chaque deux semaines, je vais voir des spectacles régulièrement. C’est frustrant. »  


Pour s’inscrire au défi Fais tes Beaux 4 h : lesbeaux4h.com