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Québec forcé de réparer une route

Le ministère des Transports semblait attendre un accident grave de ce tronçon des Laurentides pour procéder

GEN - FRANÇOIS GHALIU MAIRE DE WENTWORTH-NORD
Photo Martin Alarie François Ghali, maire de la municipalité de Wentworth-Nord, dans les Laurentides, montre la courbe dangereuse sur la route Principale que Québec négligeait de réparer.

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Après 20 ans d’inaction et de mauvaise foi, le ministère des Transports du Québec sera forcé de corriger une route dangereuse dans les Laurentides qui entraîne de nombreux accidents chaque année, tranche la Cour supérieure. 

« Le Tribunal ne peut pas justifier ou endosser une telle passivité considérant que la problématique est reconnue par le ministère des Transports du Québec (MTQ), et que le taux d’accident est supérieur au taux critique en dépit de la signalisation », soutient la juge Élise Poisson dans une décision rendue hier blâmant le MTQ pour sa mauvaise foi à l’égard d’un tronçon de route dangereux.  

La petite municipalité de Wentworth-Nord, située à l’ouest de Saint-Jérôme, réclame depuis plus de 20 ans des travaux de réfection sur un petit segment de la route Principale, où une courbe de 110 degrés met à risque les automobilistes d’être projetés hors de la route.

De plus, l’absence de drainage contribue à rendre le secteur « problématique », selon une étude effectuée par le MTQ en 2019, « bien qu’il n’y ait pas eu d’accidents graves ou mortels » jusqu’à présent.

« La décision d’aller à l’encontre des recommandations [...] et d’attendre la survenance d’un accident grave ou mortel, avant de pallier la problématique, correspond à une décision prise à l’encontre de la bonne foi », estime la magistrate. 

« Une victoire »

Ainsi, la cour a tranché en faveur de la municipalité, qui réclamait depuis longtemps des correctifs, forçant le Ministère à effectuer les travaux d’ici deux ans, en plus de payer les frais juridiques de la petite ville de 1500 habitants.

« C’est une victoire pour tous les usagers de la route », réagit le maire de Wentworth-Nord, François Ghali.

Il espère que cette décision fera jurisprudence et inspirera d’autres municipalités à faire de même. 

Il déplore cependant d’avoir eu besoin de se tourner vers les tribunaux pour forcer le MTQ à s’activer pour faire des travaux évalués à 100 000 $ environ. 

« Qu’une municipalité soit obligée de poursuivre une institution pour réparer un petit bout de route – 200 mètres, on s’entend – qui est problématique et qui envoie les gens dans le décor, qui entraîne des blessures, c’est inédit, inacceptable et contre le bon sens », s’insurge-t-il.

Déjà deux accidents

Rien que depuis le début de l'année, deux accidents sont survenus à cet endroit, a-t-il ajouté.

Il se rappelle qu’il y a quelques années, il avait lui-même été témoin d’une sortie de route laissant une femme avec le visage ensanglanté.

« Si vous n’êtes pas habitué et que vous ne réduisez pas de façon significative votre vitesse, vous vous retrouvez dans le décor, c’est sûr. Qu’on soit obligé de poursuivre le MTQ pour qu’il corrige quelque chose d’aussi aberrant, c’est triste, se désole-t-il. Il faut qu’il revoie sa façon de prioriser les projets. »

Le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a pas daigné donner son avis sur le fait qu’une petite municipalité soit ainsi obligée de s’adresser aux tribunaux pour protéger les usagers de la route.

Son cabinet nous a plutôt dirigé vers le MTQ, où, selon le jugement, on estimait que les correctifs n’étaient pas prioritaires puisqu’aucun décès n’est survenu, mais là également on n’a pas voulu commenter.