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Au plus fort de l’épidémie, les Portugais votent pour la présidentielle

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Malgré l’explosion des cas de Covid-19 et un nouveau confinement général, les Portugais ont commencé à voter dimanche pour une élection présidentielle qui doit entériner la reconduction du candidat sortant, le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa. 

Comme tous les sondages prévoient une victoire de l’actuel chef de l’État dès le premier tour, le suspense porte sur le score du candidat d’extrême droite André Ventura, qui pourrait créer la surprise en arrivant deuxième, devant l’ex-eurodéputée socialiste Ana Gomes.

Les projections des médias locaux sont attendues à 20H00 GMT et les résultats officiels seront annoncés dans la foulée, au fil du dépouillement des bulletins.

Le taux de participation des 10,8 millions d’électeurs inscrits est l’autre grande interrogation du scrutin, alors que candidats et observateurs s’attendent à une abstention record au moment où le pays est frappé de plein fouet par la pandémie.

Après les commerces et les restaurants il y a dix jours, le gouvernement a dû se résoudre à fermer les écoles vendredi, pendant quinze jours. De nouveaux records quotidiens de contaminations et de décès ont encore été battus samedi, portant le bilan total depuis le début de la pandémie au-delà du seuil des 10 000 morts.

Avec plus 80 000 contagions et près de 1 400 morts au cours de la semaine écoulée, le Portugal occupe sur cette période le premier rang mondial en nombre de nouveaux cas et de décès par rapport à sa population, dépassé seulement par l’enclave britannique de Gibraltar, selon les données collectées par l’AFP auprès des autorités nationales.

Files d’attente

À Lisbonne, des files d’attente se sont formées devant l’entrée d’au moins deux bureaux de vote peu après leur ouverture, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Sous un ciel gris, les électeurs devaient patienter à l’extérieur afin de respecter les règles de distanciation sociale avant d’être introduits un par un dans les bureaux de vote.

Dans une bibliothèque municipale du centre-ville, l’ambiance était calme et la queue s’est même résorbée après l’affluence des premiers votants.

« J’ai été agréablement surprise par la bonne organisation », a témoigné Fatima Cristo, une enseignante de 63 ans. « Finalement ce n’est pas trop intimidant, malgré toute cette peur », a-t-elle ajouté.

« Moi, rien ne m’aurait empêché de voter, mais je pense que les personnes âgées, par exemple, seront démotivées à la fois par le virus et par les files d’attente », a estimé José Barra, un architecte de 54 ans.

Dans un autre quartier, les électeurs devaient patienter plus longtemps devant une école, et se montraient plus inquiets. À l’intérieur, du personnel équipé d’une combinaison de protection intégrale désinfectait les lieux en permanence.

Le vote par correspondance étant peu utilisé au Portugal, les autorités ont exceptionnellement organisé dimanche dernier une journée de vote par anticipation, qui a mobilisé près de 200 000 électeurs, mais les longues queues observées par endroits risquent d’en avoir découragé davantage.

Montée de l’extrême droite

Dans son dernier discours de campagne, le président sortant a appelé les électeurs à voter pour lui afin d’éviter un second tour, prévu le 14 février, et ainsi « épargner aux Portugais le prolongement de l’élection pendant trois semaines cruciales » pour freiner l’épidémie.

« Il suffit d’une abstention de 70 % pour rendre un second tour quasiment inévitable », s’est inquiété Marcelo Rebelo de Sousa, un ancien professeur de droit de 72 ans, devenu célèbre en tant que commentateur politique à la télévision.

Resté très populaire depuis son élection, il y a cinq ans, l’actuel chef de l’État a cohabité sans accroc majeur avec les socialistes du premier ministre Antonio Costa qui, pour s’éviter une défaite assurée, n’ont présenté aucun candidat.

Le chef du gouvernement a même refusé de soutenir la socialiste Ana Gomes, une diplomate de carrière âgée de 66 ans, devenue une éminente militante anticorruption et qui s’est posée en rempart contre la montée de l’extrême droite.

André Ventura, lui, a dit vouloir « écraser la gauche », qui compte trois des sept candidats, et espère ainsi confirmer la progression du populisme de droite dans un pays qui, jusqu’ici, faisait figure d’exception.