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L’une des plus vieilles conduites souterraines de Montréal a éclaté

L’une des plus vieilles conduites souterraines de Montréal a éclaté
Pascal Girard/AGENCE QMI

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L’une des plus vieilles conduites souterraines de la métropole a éclaté vendredi soir, 153 ans après avoir résisté à toutes les intempéries: un véritable exploit technique quand on connaît l’épopée derrière la construction du réseau d’aqueduc à Montréal.

«Les conduites installées à cette époque étaient vraiment très solides. À preuve, la conduite qui a éclaté [vendredi] soir, rue Notre-Dame Ouest, alimente des citoyens en eau depuis plus de 150 ans, alors qu'à l'origine, elle n'était probablement pas prévue pour desservir la population actuelle, qui est nettement plus importante qu'au 19e siècle», a commenté la Ville de Montréal. 

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La conduite en question, qui s’est fissurée en dessous de la rue Notre-Dame, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Sulpice, a été installée en 1868, 12 ans après l’inauguration du réseau d’aqueduc public. 

Or, quand les travaux ont commencé, Montréal ne comptait qu’environ 60 000 habitants, soit moins qu’une ville comme Granby aujourd’hui. 

Époque lointaine

«Avant ça, il y avait des puits, il y avait aussi des vendeurs d’eau qui se promenaient en charrette dans les rues. Pour s’approvisionner, ils reculaient leur cheval dans le fleuve et ouvraient la trappe de leur baril. Ça donne une petite idée de la qualité de l’eau à ce moment-là!», a raconté l’historien Paul-André Linteau, un spécialiste de Montréal. 

Durant la première moitié du 19e siècle, le réseau d’eau courante est en effet un luxe, géré par une poignée d’entreprises privées et accessible pour seulement quelques nantis.

Puis, en 1848, la Ville de Montréal rachète ce système, qui reposait essentiellement sur des conduits extérieurs en bois reliant un étang sur le dessus du mont Royal aux résidences cossues. 

Le grand feu de Montréal de 1852, qui jettera un sixième de la population à la rue, viendra toutefois contrecarrer les plans de la municipalité pour ravitailler en eau l’ensemble des citadins. 

«Tout était à reconstruire. C’est à la suite de cet événement que naît le système d’aqueduc tel qu’on le connaît, avec le canal de l’Aqueduc, dans le Sud-Ouest — d’où est pompée l’eau —, jusqu’au réservoir qui est toujours là sur le campus de l’Université McGill. L’eau descend ensuite dans les maisons par les canaux souterrains», a vulgarisé M. Linteau.  

Question d’hygiène

Après l’ouverture de canal en 1856, ce ne sera plus qu’une question de quelques années avant de connecter l’ensemble des Montréalais à l’eau courante. 

Les conditions de vie changent du tout au tout, surtout que le réseau d’aqueduc se développe en même temps que celui des égouts. 

Chaque maison s’équipe alors d’un robinet. Les bains et les douches remplacent peu à peu les bassines que les gens utilisaient pour se laver. 

«C’est aussi à cette époque que les toilettes telles que nous les connaissons aujourd’hui arrivent. Au début du 20e siècle, il y avait toutefois encore quelques bécosses à Montréal, mais on va lancer une vaste campagne pour les éliminer, de sorte qu’avant la Première Guerre mondiale, il n’y en a presque plus», a ajouté Paul-André Linteau. 

Or, si l’hygiène au début du 20e siècle n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle était 50 ans plus tôt, les conditions sanitaires, elles, n’avaient pas suivi la cadence. 

«Il faut savoir que l’eau qui était pompée du fleuve n’était pas traitée. Il y avait des épidémies et beaucoup de mortalité infantile», a expliqué le professeur émérite du Département d’histoire de l’UQAM. 

La construction de la première usine de filtration, sur la rue Atwater, et l’ajout de chlore dans l'eau ont permis de réduire radicalement la mortalité infantile au cours des années 1910. 

Par la suite, le système d’aqueduc n’a cessé de prendre de l’expansion afin de répondre à l’explosion démographique de la métropole. 

Aujourd’hui, la Ville de Montréal indique qu’il n’est pas rare que les conduites les plus âgées du réseau connaissent des bris, comme ce fut le cas au coin de Saint-Laurent et de Notre-Dame, vendredi. 

Par ailleurs, la fuite n’a causé aucun dégât. La rue Notre-Dame Ouest a été fermée à la circulation dans le secteur durant la fin de semaine et devrait être rouverte pour le retour au travail, lundi.