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De l’ombre vers la lumière

France Labelle
Photo courtoisie, William Laplante France Labelle

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Depuis 30 ans, France Labelle se voue aux autres afin de donner une seconde chance aux personnes en difficultés et plus particulièrement aux jeunes sans-abri par le biais de son organisme, le Refuge des Jeunes. Dans son livre, elle nous raconte le parcours de certains de ses protégés qui sont passés de l’ombre vers la lumière.

France Labelle s’était d’abord donné comme mission d’aider les femmes en difficultés. En début de carrière, elle était codirectrice et intervenante sociale d’une maison d’hébergement pour femmes. Mais après quelque temps, c’est vers les jeunes de la rue qu’elle s’est tournée en devenant cofondatrice du Refuge des Jeunes de Montréal dédié aux 18 à 26 ans. 

C’est en quelque sorte pour souligner ses 30 ans de carrière qu’elle a voulu écrire ce livre. 

« Depuis des années j’ai dit beaucoup de choses sur le sujet, et pour l’occasion j’ai voulu dire les choses autrement », révèle l’auteure qui a elle-même vécu une enfance difficile ayant eu une mère adoptive peu aimante et violente qui frappait ses enfants avec rage et désespoir. 

<strong><em>Le refuge des jeunes de Montréal</em><br>France Labelle</strong><br>Les Éditions Hurtubise<br>275 pages
Photo courtoisie
Le refuge des jeunes de Montréal
France Labelle

Les Éditions Hurtubise
275 pages

« Une mère qui, sans le savoir, m’a amenée à aller voir plus loin », confie-t-elle.

Dans son livre, elle trace le parcours de quelques personnes qui ont séjourné dans son refuge.

Parmi eux, on compte François (nom fictif), enfant de la DPJ qui aujourd’hui travaille dans la cuisine du refuge. 

Il y a aussi Stéphane qui lui a connu une enfance heureuse et qui a étudié dans un Collège privé, puis a déraillé jusqu’à vouloir se suicider. Aujourd’hui, il est devenu intervenant de nuit au refuge prêt à aider les autres. Par-dessus tout, il est heureux.

Tendre la main

À la lecture du Refuge des Jeunes de Montréal, on comprend vite que ces jeunes ont vécu des choses très difficiles qu’il est parfois impossible de s’imaginer et de comprendre. Comment un enfant mineur devient-il un itinérant ? Qui doit-on blâmer ou pointer du doigt ? Chose certaine, c’est ainsi que des enfants blessés, rejetés ou incompris tomberont sous l’emprise de profiteurs et connaîtront ensuite l’horreur de la drogue, de la prostitution, et quoi encore ?

Durant trois décennies, France Labelle leur a tendu la main sans porter de jugement, en leur apportant de l’écoute, du réconfort, un toit et de quoi se nourrir. Et ses efforts combinés à ceux de ses 28 employés et son équipe de 200 bénévoles ont porté leurs fruits. 

Mme Labelle a toujours porté un regard bienveillant sur chacun de ses protégés. Sa plus grande satisfaction est sans doute de constater que certains s’en sortent malgré un début difficile.

« Voir un jeune déconstruit se reconstruire, c’est satisfaisant, reconnaît-elle. Quelqu’un qui a été abandonné, violenté, a du mal à créer des liens avec les autres. » Le Refuge des Jeunes permet d’instaurer au fil du temps une confiance avec les autres, surtout avec les autres jeunes du centre pour ensuite apprendre à recréer des liens.

Le poids de la pandémie

L’auteure consacre son dernier chapitre sur l’actuelle pandémie. La COVID-19 a ajouté un poids supplémentaire aux sans-abri. « C’est plus difficile de quêter ou de récupérer des canettes vides », illustre l’auteure.

En 30 ans, France Labelle a vu passer plus de 21 000 jeunes à son centre. Si elle a constaté la souffrance chez les autres, elle a aussi contribué à offrir un monde meilleur à plusieurs d’entre eux, une personne à la fois. 


  • France Labelle est cofondatrice et directrice générale du Refuge des Jeunes de Montréal.
  • Elle a reçu le prix Robert-Sauvé pour souligner sa contribution envers les droits des plus démunis. Elle a également été décorée de l’Ordre du Canada.