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Experts choqués de voir des gardes dans les refuges pour sans-abri

Des centres augmentent leur nombre d’agents

Gardien de sécurité Garda
Photo Ben Pelosse Un agent de sécurité de GardaWorld contrôle les entrées et les sorties des personnes en situation d’itinérance qui fréquentent la tente chauffée érigée sur la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal.

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Les ressources en itinérance font de plus en plus appel à des gardiens de sécurité qui doivent interagir avec des sans-abri dans le cadre de leurs fonctions, ce qui inquiète des spécialistes.

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« Ça envoie comme message qu’on a besoin d’encore plus de répression et d’encadrement policier », regrette Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN. 

Son syndicat représente les intervenants sociaux qui occupaient les 11 postes abolis par l’Accueil Bonneau cette semaine, alors que le centre de jour cherche actuellement à embaucher des agents de sécurité pour sa halte-répit, qui peut accueillir jusqu’à 300 personnes.  

« [Les agents] ne sont pas là pour combler le manque d’intervenants, mais pour assurer la sécurité », s’est défendue par courriel la directrice générale de l’organisme, Fiona Crossling.

D’autres grands refuges montréalais comptent aussi sur la présence de ces agents, a constaté Le Journal en consultant des offres d’emploi en ligne.

Pas un cas isolé

GardaWorld sollicite des candidatures pour des emplois dans des « centres d’itinérance » à Montréal, dont la Mission Old Brewery l’Armée du Salut et la Mission Bon Accueil. 

La Mission Old Brewery n'y fait appel que pour des besoins temporaires de renfort de nuit, précise la directrice des communications de l'organisme Melissa Bellerose, et aucun poste d'intervenant n'est aboli pour autant. 

Les Commissionnaires du Québec, une entreprise en sécurité privée, propose des postes au Complexe Guy-Favreau, où se trouve un des refuges de Projets Autochtones du Québec. 

La description précise que des « interventions avec clientèle difficile (itinérance, personne intoxiquée) » sont à prévoir.

C’est justement ces interactions délicates qui inquiètent la professeure de l’École de travail social de l’Université de Montréal Carolyne Grimard. 

« On n’est pas du tout dans la fabrication ou le maintien du lien social », juge-t-elle, « choquée » par ces embauches.

Méthode à l’ancienne

Depuis une dizaine d’années, le milieu de l’itinérance avait pourtant misé sur l’intervention sociale plutôt que sur la présence sécuritaire.

Mme Grimard craint la multiplication d’interventions musclées de la part de ces agents qui n’auront peut-être pas une formation adéquate pour gérer des situations de détresse, même si GardaWorld assure qu’ils sont formés en conséquence.

L’experte des questions d’itinérance donne en exemple un homme agité qui se présenterait dans une halte-chaleur. 

« Un intervenant social va essayer de désamorcer la crise, tandis qu’un agent de sécurité va peut-être le mettre dehors. »

Les Commissionnaires du Québec n’ont pas donné suite à nos questions.