/misc
Navigation

La face cachée de Joe Biden et des démocrates

Coup d'oeil sur cet article

Notre économie est petite et très ouverte. Notre enrichissement collectif dépend beaucoup de notre commerce extérieur. À cela s’ajoute le fait que les États-Unis achètent environ 70 % de nos exportations. 

Nous étions donc très exposés aux sautes d’humeur du président orange. Nous sommes marqués au fer rouge par les tarifs sur l’acier, la renégociation de l’ALÉNA et par ses constantes menaces.  

Pas étonnant que l’arrivée de Joe Biden soit accueillie si chaleureusement. Cependant, on doit garder en tête que les élus et les administrations démocrates n’ont pas toujours été, dans le passé, les champions du libre-échange. 

Le « Buy American »

Rappelons-nous d’abord le plan de relance de l’administration Obama, qui contenait une provision « Buy American ». Cette législation avait réduit considérablement l’accès des firmes étrangères aux projets financés par le gouvernement américain. Elle s’étendait même aux grands projets d’infrastructures privés financés par le gouvernement. 

• À lire aussi: Joe Biden veut renforcer le «Made in America»

Le Canada avait dû négocier pendant près d’une année pour que, en tant que partenaires commerciaux, nous obtenions des assouplissements. Certains diront que c’est de bonne guerre, mais notez bien que les Américains, eux aussi, lorgnent nos marchés publics !

Le bois d’œuvre

Les États-Unis font la vie difficile à nos producteurs de bois d’œuvre depuis quarante ans. Les Américains soutiennent que notre régime forestier est trop généreux envers les producteurs et que cela constitue une subvention déguisée. 

Depuis le début des années 1980, nous vivons d’un accord temporaire à un autre avec l’Oncle Sam. Nous sommes allés jusqu’à nous imposer à nous-mêmes des tarifs punitifs pour pénaliser nos propres exportateurs. 

Joe Biden a siégé au Sénat américain de 1972 à 2009. Jamais lui et ses amis démocrates n’ont levé le petit doigt pour résoudre ce conflit. C’est chose surprenante, puisque plusieurs tribunaux d’arbitrage internationaux ont donné raison au Canada au fil des ans, que ce soit à l’ALÉNA ou auprès de l’OMC. 

L’hydroélectricité sale ?

À l’ère de la lutte aux changements climatiques, notre hydroélectricité a la cote. Or, ça n’a pas toujours été le cas. Au début des années 1990, Hydro-Québec était mal aimée de ses compétiteurs américains en raison de son efficacité. Elles ont donc entrepris de convaincre les législateurs que notre énergie était... sale !

C’est pour cette raison que la société d’État a entrepris de calculer ses émissions de GES. Il s’avère que les détracteurs de notre énergie n’avaient pas entièrement tort. Mais ça démontre néanmoins combien les Américains n’arrêtent devant rien pour bloquer les compétiteurs aux frontières. 

La sécurité nationale

L’argument de la sécurité nationale est fréquemment utilisé pour justifier le protectionnisme américain. Les États-Unis dédient 3,4 % de leur PIB à la défense. On parle de 730 milliards de dollars en 2019... À cela se greffent toutes sortes d’industries et de ressources considérées comme stratégiques. 

Républicains comme démocrates ont utilisé l’argument de la sécurité nationale pour favoriser des entreprises américaines ou pour empêcher des prises de contrôle étrangères. C’est pourtant un si gros morceau du gâteau ! 

Impopulaire

Disons-le : il y a un petit quelque chose de contre nature dans le libre-échange. S’il est populaire chez les élites politiques, les masses et les travailleurs s’en méfient, parfois avec raison. Dans le passé, les perdants du libre-échange n’ont pas toujours été dédommagés par les gagnants.

Au sud de la frontière, l’idée même du libre-échange est régulièrement remise en cause dans les États industriels du nord, comme le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie. Ceux-là mêmes qui ont porté Biden au pouvoir. Paierons-nous pour sa victoire ?


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM