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Juifs hassidiques: des règles loin d’être claires

GEN-Rassemblement illégal à une synagogue Juif
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

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Plus la pandémie perdure, plus des rassemblements intérieurs illégaux se multiplient au Québec. La plupart sont des « partys » privés. D’autres rassemblements, plus rares, ont été tenus par certains juifs hassidiques d’Outremont pour prier dans leur synagogue.  

Au dernier shabbat, constatant la présence de plus d’une centaine de fidèles réunis à la congrégation Skver, le Service de police de la Ville de Montréal en a eu plein les bras. Or, il semble que la source du problème ait été la confusion régnant autour des directives gouvernementales. 

Émis jeudi, un décret du gouvernement permet à 10 personnes au maximum de se rassembler dans un même lieu de culte – église, mosquée, synagogue, etc. Samedi, le Dr David Kaiser, de la santé publique de Montréal, dans un courriel aux communautés juives ultra-orthodoxes, dit vouloir « clarifier » les règles : c’est en effet 10 personnes au maximum par lieu de culte. 

Dimanche, en fin de journée, coup de théâtre. Encore par courriel, il « clarifie » à nouveau. Il écrit qu’un maximum de 10 personnes est permis, mais pour chaque pièce d’un même lieu de culte, si elle donne sur une porte séparée sur l’extérieur. Soit tel qu’entendu l’automne dernier entre la Table interreligieuse de concertation et la santé publique du Québec. 

C’était la maison qui rend fou d’Astérix. Samedi, le Conseil des juifs hassidiques du Québec (CJHQ) demande à son tour aux récalcitrants de se conformer aux décrets publics.   

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

Maison qui rend fou

Hier après-midi, la Dre Mylène Drouin, directrice de la santé publique de Montréal, « clarifie » le tout à nouveau. Contrairement au courriel de dimanche du Dr Kaiser, elle écrit que 10 personnes au maximum sont permises par lieu de culte et elle s’excuse même pour le « va-et-vient » des 48 dernières heures sur cette directive. 

En entrevue hier, Alain Picard, porte-parole du CJHQ, dénonçait cette « confusion totale » dans les directives. « Nous sommes déboussolés », me disait-il. Bref, en termes de communication politique et de rapports intercommunautaires, ce fut un beau gâchis. 

D’autant plus qu’ici comme ailleurs, il est parfois tentant de pointer LES juifs hassidiques. En pandémie, les rassemblements étant des lieux d’éclosion, la tentation est d’autant plus forte. 

Or, comme l’expliquait le professeur Pierre Anctil en 2019, coauteur de Les Juifs hassidiques de Montréal, il n’existe pas de communauté hassidique homogène. Il y a DES communautés hassidiques. Au Devoir, il rappelait qu’« il faut parler de communautés au pluriel ». 

À Montréal, « il y en a au moins six principales, notait-il, formées de 2000 à 3000 membres chacune. Souvent, ils ne fréquentent pas les mêmes écoles, ne vont pas dans les mêmes établissements pour prier et ne se marient pas entre eux. Il y a une volonté de maintenir une autonomie très forte. »

Sur le fond des choses, le fait est que des récalcitrants, on en trouve à travers toute la société québécoise. Incluant chez certains hassidim, non pas pour faire le « party », mais pour prier en groupe. 

La distinction est réelle, mais elle ne change rien à l’obligation de tous les Québécois, toutes origines et confessions confondues, de suivre les consignes. Encore faut-il toutefois qu’elles soient claires, et leur communication, à l’avenant.

  • Écoutez la chronique de Claude Villeneuve au micro de Richard Martineau sur QUB radio: