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Le recours à la police redouté chez les travailleurs et travailleuses du sexe

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Une bonne proportion de travailleurs et travailleuses du sexe au pays craint d’appeler la police lors d’une urgence par peur des représailles, a indiqué une étude du Centre for Gender & Sexual Health Equity (CGSHE) établi en Colombie-Britannique, mardi. 

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Selon cette recherche publiée le 7 janvier dans la revue Social Sciences, près du tiers des répondants qui gagnent de l’argent en fournissant des services sexuels ont dit ne pas vouloir contacter le 911.

La collecte d’informations a été réalisée en 2017 et 2018 auprès de 200 travailleurs et travailleuses du sexe dans cinq villes canadiennes, dont Montréal.

La réticence à appeler la police en cas d’urgence est particulièrement élevée pour les autochtones œuvrant dans le milieu du sexe, alors que près de 60% d’entre eux ont fait savoir qu’ils n'avaient pas assez confiance pour demander l’assistance policière.

«Le cadre juridique “éradiquer la demande” force les travailleuses et travailleurs du sexe à faire un choix: se passer de l’assistance policière lorsqu’elles sont dans un danger immédiat ou se mettre, et mettre leurs collègues et gérants potentiellement à risque d’arrestation ou de troubles légaux», a ainsi expliqué par communiqué Anna-Louise Crago, première auteure et responsable du projet au CGSHE et boursière postdoctorale Banting à l’Université d’Ottawa.

L’application de la législation «éradiquer la demande», en vigueur au Canada depuis 2014, est donc principalement remise en question dans ce rapport.

Ce modèle criminalise les clients et l'achat des services sexuels ainsi que les tierces parties, comme les gérants ou les travailleurs qui s’organisent ensemble avec des dépenses partagées, dans l’industrie du sexe.

«La criminalisation selon le modèle “éradiquer la demande” reproduit beaucoup des mêmes dangers et préjudices graves pour les travailleuses et travailleurs du sexe que les lois criminelles précédentes. [...] Notre recherche démontre que les lois doivent urgemment être changées», a précisé Anna-Louise Crago.

Selon les auteurs de l’étude, ce sont les méthodes employées par certains corps de police, telles que le fichage, le suivi ou encore la détention sans arrestation des travailleurs de ce milieu qui entraveraient le recours à l’aide policière en cas de danger.

Il y a d’ailleurs cinq fois plus de chances qu’une personne n’appelle pas le 911 si elle a vécu une expérience de harcèlement policier récent, a également révélé ce rapport.

Si la police est la source d’assistance la moins fréquemment utilisée (5,4%), l’aide des autres travailleurs du milieu est sollicitée à 40,5%, suivie de celle des proches (29,7%) et des clients (24,3%) en cas de problème.

«Cette recherche met en lumière l’urgence de reconnaître les préjudices causés aux travailleuses et travailleurs du sexe par la criminalisation selon le modèle “éradiquer la demande” et la nécessité de réformer les lois et les pratiques policières actuelles», a affirmé Kate Shannon, professeure de Médecine sociale et directrice du CGSHE à l’Université de Colombie-Britannique, qui a participé à cette recherche.

La décriminalisation de l’industrie du sexe, ainsi que la fin du ciblage policier, du fichage et de la détention sans arrestation des travailleurs sont des mesures réclamées par les chercheuses.