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Les itinérants ne sont pas des acteurs

vague de froid
Photo d'archives

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J’ignorais, je l’avoue, qu’il existe au Québec trois cents organismes communautaires en itinérance. Il faut savoir qu’à Montréal, l’on estime à 3000 le nombre d’itinérants. 

Le président du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec, Maxime Couillard, demande au premier ministre Legault d’annuler le couvre-feu pour ces gens, qui choisissent de vivre dans la rue. 

Dans le contexte actuel de très grand froid combiné aux éclosions de COVID-19, quel choix est le plus humain ? La rue avec des contraventions de 1500 $ que ces personnes sont incapables de payer ou l’obligation de se présenter dans des lieux chauffés où nombre d’entre eux refusent de se rendre ?

RÉSISTANTS ?

Des médias font la une avec des histoires d’itinérants depuis quelques semaines, en faisant d’eux parfois des défenseurs d’une façon marginale de vivre. Bref, on les décrit comme des personnages romanesques et, dans certains portraits, ils en ressortent comme des héros d’une résistance au « système ». 

Je n’ai aucune certitude les concernant. Les itinérants, de quelque origine qu’ils soient, appartiennent à la minorité la plus souffrante de nos sociétés. Ce sont avant tout des malades mentaux, des drogués, des alcooliques ou bien des victimes d’horreurs rattachées souvent à leur enfance. Ils sont à leur corps défendant instrumentalisés par les médias et par toutes les bonnes âmes de la rectitude politique et autres voyeurs qui se penchent sur leur sort en braillant avant de rentrer, le soir venu, dans leurs foyers bien au chaud.

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Ceux qui leur consacrent leur vie professionnelle ou qui les côtoient en tant que bénévoles ne sont ni larmoyants ni des indignés de surface. Ils savent bien que pour ces éclopés de la vie et du cœur, il n’y a pas de solution toute faite au défi qu’ils posent de leur seule présence parmi nous.

Qui peut prétendre qu’ils choisissent de vivre dans cette marginalité ? Qui peut affirmer que vivre dans la rue est une forme de liberté, comme l’assurent des idéologues, qui les condamnent ainsi à demeurer des victimes.

ESPOIR ?

La pandémie a dramatisé davantage leur situation. Car la désorganisation sociale et, évidemment, les conséquences catastrophiques de la COVID-19 sur notre économie font régresser nos espoirs. En fragilisant psychologiquement tant de gens, on imagine que certains iront rejoindre le flux actuel d’itinérants au Québec. 

Il faudra redynamiser les jeunes chez qui l’on constate après un an les effets négatifs de ce séisme. Ce n’est pas avec des pensées magiques et des câlins retrouvés que l’on pourra affronter le chantier titanesque de remettre les institutions du Québec en état.

Les itinérants sont un baromètre d’une société humanitaire. Une société qui encadre et soigne la maladie mentale, qui apporte une aide et des solutions alternatives à la dépendance et qui crée des lieux pour accueillir les fragilisés et les mésadaptés sociaux.

Or la pandémie a révélé des failles sociales que certains intuitionnaient déjà, en dépit du déni et de l’indifférence des autres. Les itinérants ne sont pas des acteurs d’une téléréalité. Leur vie ne doit pas servir de matière à donner des frissons aux voyeurs et aux utilisateurs de Twitter. Leur souffrance s’impose à nous. Quant aux solutions, elles relèvent de la foi dans les miracles, car chaque être est son propre mystère.