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Montréal n’a jamais été un territoire mohawk

Gilmore
Photo courtoisie Kevin Gilmore

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Notre club de soccer professionnel, connu auparavant sous le nom de l’Impact, a changé d’identité.

La vidéo promotionnelle pour nous l’expliquer était en français, en anglais et en mohawk.

Dans des tas d’autres milieux qui se soucient de bien paraître, on présente parfois carrément Montréal comme un « territoire mohawk non cédé ».

Absents

Comme disent les complotistes, j’ai « fait mes recherches ».

C’est simple : il n’y a pas un seul historien sérieux qui soutient cette idée d’une présence mohawk sur l’île de Montréal lors de la fondation de la ville.

Cette ritournelle est celle de militants.

Paul Chomedey de Maisonneuve fonde Montréal en 1642. 

Quels autochtones habitent sur l’île à ce moment ? Aucun, bien que certains y venaient pour chasser... mais pas les Mohawks.

Des autochtones avaient-ils déjà vécu sur l’île ? Oui, puisque Jacques Cartier, environ un siècle avant, en parle.

Mais c’étaient des Iroquoïens.

Que s’est-il passé entre Cartier et Maisonneuve qui expliquerait leur disparition de l’île ? Les historiens ont des hypothèses, mais aucune certitude.

Les Mohawks d’aujourd’hui disent que ces Iroquoïens sont leurs ancêtres, mais ces Iroquoïens ne parlaient pas la même langue. Hmm...

Où sont les Mohawks pendant ce temps ?

Ils sont chez eux, dans le nord de ce qui allait devenir l’État de New York, là où se trouve aujourd’hui la ville d’Albany.  

Ils font la guerre à d’autres nations amérindiennes pour garder leur monopole sur la traite des fourrures avec les Hollandais, arrivés à New York bien avant les Britanniques. 

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Pendant ces guerres livrées aux Mohicans, aux Algonquins, aux Attikameks, aux Innus, ils feront certes des incursions ici, mais rentrent chez eux après. 

Forcément, quelques-uns étaient capturés. Ils devenaient des esclaves ou, s’ils étaient enfants, pouvaient être « adoptés » par des parents d’une autre nation. 

Parmi eux, plusieurs furent convertis au christianisme par les missionnaires.

Ce sont des missionnaires venus de France qui fondent Kahnawake en 1667 et Kanesatake en 1705, bien après la fondation de Montréal.

Akwesasne ne voit pas le jour avant 1750. 

Arrive ensuite la guerre d’Indépendance des États-Unis, qui commence en 1775 et se termine en 1783.

Les Mohawks choisissent le mauvais camp : celui de la Grande-Bretagne.

Après la victoire des Américains, leur position devient très inconfortable.

Ils quittent carrément le territoire. Beaucoup vendent leurs terres et viennent s’installer ici.  

Montréal existe alors depuis plus d’un siècle. 

Bref, les Mohawks du Québec d’aujourd’hui sont les descendants de ces Mohawks venus d’ailleurs, chassés par les guerres entre autochtones et entre Blancs.

Fiction

Voilà les faits.

Beaucoup de choses restent méconnues, mais l’essentiel est que les Mohawks ne sont pas là au moment où Montréal est fondée.

Cela ne veut pas dire, évidemment, qu’il faille balayer du revers de la main toutes leurs revendications ou les torts subis.

Pourquoi alors continuer à entretenir une fiction ?

Eux le font pour se donner un rapport de force politique. 

Les non-autochtones, eux, le font par ignorance, par rectitude politique, ou les deux.