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Trump: patate chaude pour le Sénat américain

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Alors qu’on commence à peine à apprécier l’absence de Donald Trump du paysage politique américain, le Sénat doit encore affronter l’épineuse question de sa destitution.

Moins d’une semaine après le départ de Donald Trump pour sa retraite dorée, l’atmosphère de Washington est méconnaissable. Une administration qui prend la gouverne, la science et les faits au sérieux, ça fait changement.

Un air de normalité s’est emparé de la capitale américaine, mais, avec le deuxième procès en destitution contre Donald Trump qui s’annonce au Sénat, ça ne va pas durer.

Un procès anticonstitutionnel ?

La réalité incontournable de l’acte d’accusation contre Donald Trump est qu’il a incité une meute d’insurgés à envahir le Capitole le 6 janvier dernier, menant à cinq décès, des actes de vandalisme innommables et des menaces réelles contre des personnes, qui auraient pu avoir des conséquences tragiques.

La première réaction des républicains désireux d’esquiver la question est de dire qu’il est trop tard. 

Toutefois, l’impeachment a précédé le transfert du pouvoir et il existe des précédents d’officiers fédéraux destitués après leur départ. 

Certains rétorquent que les preuves dont on dispose ne suffiraient pas à démontrer une responsabilité criminelle, mais il ne s’agit pas d’un procès criminel et l’incitation à l’insurrection est un crime politique explicitement mentionné dans la Constitution.

Selon certains sondages, les Américains sont majoritairement favorables à la destitution de Trump, mais cette majorité est fortement teintée de partisanerie. 

Un sondage Monmouth estime à 56 % l’appui à la destitution (53 % il y a un an), avec 92 % des démocrates et 52 % des indépendants en faveur, mais seulement 13 % des républicains (8 % l’an dernier).

Il y a de quoi s’inquiéter pour les valeurs démocratiques d’un parti qui s’accroche ainsi à un leader déchu, malgré le déferlement de mensonges et le paroxysme d’autoritarisme qui ont marqué la transition.

Il sera difficile de s’extirper de l’emprise de la partisanerie dans ce procès, qui fera revivre l’atmosphère de cirque des années Trump.

Issue imprévisible

Déjà, on entend des républicains, incapables de se sortir des ornières partisanes, menacer de procès en destitution d’anciens présidents démocrates pour faire revivre les anciens scandales qui gardent l’auditoire de Fox News debout la nuit. 

On entend surtout des mollassons comme le sénateur de Floride, Marco Rubio – lui-même pétrifié à l’idée d’affronter Ivanka Trump aux primaires de 2022 – se plier en quatre pour éviter de s’aliéner le noyau dur trumpiste.

Il y a pourtant une dizaine de sénateurs républicains qui semblent pencher en faveur d’une destitution qui lèverait définitivement l’hypothèque d’un retour de Trump. 

Avec la multiplication des révélations incriminantes que le procès mettra en évidence, le fardeau de la preuve contre Trump ne pourra que s’alourdir.

Entre ces deux tendances, c’est le silence. 

Il serait dans l’intérêt à long terme du Parti républicain de crever l’abcès du trumpisme; et les chances d’une condamnation ne sont pas inexistantes, mais elles demeurent minces.