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Le SPVM critiqué pour ses rapports avec les femmes autochtones

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La police de Montréal est critiquée par des chercheuses de l’UQAM et par Femmes autochtones du Québec qui disent dans un rapport que les «bonnes intentions» ne suffisent pas et qu'il y a un «manque d’attention et de sensibilité [...] assez répandu au sein du SPVM» à l’égard des femmes autochtones. 

Il y aurait notamment un «décalage» entre ce que souhaite la direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et les mesures mises en œuvre jusque sur le terrain, notamment en ce qui a trait aux disparitions et aux assassinats de femmes ou de filles autochtones.

Dans le rapport intitulé «Les disparitions de filles et de femmes autochtones à Tiohtiá:ke/Montréal: pour une collaboration réelle entre le SPVM et les milieux autochtones», les signataires mettent en perspective que la métropole est l’une des villes où l’on retrouve le plus d’autochtones au Québec. Huit recommandations sont émises.

«Le rapport de recherche soulève une absence réelle de coopération de la part du SPVM», ont écrit mercredi, dans un communiqué, les chercheuses Dominique Bernier, Doris Farget et Mirja Trilsch, qui sont professeures au Département des sciences juridiques de l'UQAM.

  • Écoutez l'entrevue de la chercheuse de l'UQAM Mirja Trilsch avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«Il y a un consensus sur la nécessité de collaborer, mais peu d'actions sont posées par les autorités, ont-elles ajouté. Pour obtenir des résultats véritables, le SPVM devra passer de la parole aux actes.»

Racisme et discrimination

Dans le document d’une cinquantaine de pages, on évoque aussi des «attitudes racistes» et des «interventions policières discriminatoires envers les femmes autochtones», lesquelles «ont pour conséquence principale l'absence de prise au sérieux des disparitions et meurtres de ces dernières».

«Le racisme systémique tue», a dit de son côté Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec.

Le rapport s’inscrit dans la foulée des travaux de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées au Canada et de la commission Viens.

De plus, la démarche des chercheuses et de Femmes autochtones du Québec fait suite à la signature de l’Accord de collaboration de 2015 entre le Service de police de la Ville de Montréal (SVPM) et le Réseau pour la stratégie de la communauté autochtone urbaine de Montréal, ainsi qu’à la Stratégie de réconciliation avec les peuples autochtones 2020-2025 de la Ville de Montréal.

Confiance

On évoque notamment la nécessité d’établir un dialogue et une relation de confiance entre les autorités et les autochtones vivant dans la métropole.

«Un préalable à une collaboration appropriée et efficace est l'existence d'une relation de confiance entre les parties prenantes. Nos entretiens avec les participantes et participants nous ont permis de constater que cette relation fait actuellement défaut. Cela vient corroborer un constat de la commission Viens [voulant] qu'un "profond sentiment de méfiance habite les peuples autochtones eu égard aux services policiers"», ont affirmé les professeures Dominique Bernier, Doris Farget et Mirja Trilsch.

Les trois chercheuses disent souhaiter une réponse du SPVM «ancrée dans la non-discrimination, l'inclusion et la participation des communautés autochtones et de leurs membres».

Huit recommandations 

Voici les recommandations du rapport «Les disparitions de filles et de femmes autochtones à Tiohtiá:ke/Montréal: pour une collaboration réelle entre le SPVM et les milieux autochtones»: 

-Le SPVM doit adopter une approche claire et cohérente reconnaissant le caractère contraignant de l'Accord de 2015 et démontrer ainsi un engagement sincère et systématique.

-Le SPVM doit mettre en œuvre un système permettant d'analyser les données et d'élaborer des indicateurs de suivi en matière de profilage racial.

-Le SPVM doit élaborer des protocoles d'intervention applicables à tous les cas de disparitions et d'assassinats de filles et de femmes autochtones, mais aussi à toutes les interventions auprès des femmes autochtones.

-Le SPVM doit explorer davantage les approches culturellement pertinentes et sécurisantes visant à développer la coopération, la culture du partenariat et à bâtir une relation de confiance avec les peuples autochtones.

-Le concept d'égalité réelle et les formes qu'il peut prendre dans sa mise en œuvre, en contexte d'intervention policière, doivent être maîtrisés par tous les membres du SPVM.

-Le SPVM doit développer une équipe de liaison autochtone, composée notamment de personnes autochtones, afin de répartir adéquatement les responsabilités et la charge de travail entre plusieurs personnes.

-Une table de travail incluant le SPVM et des organisations autochtones basées à Montréal, dont Femmes autochtones du Québec, doit être mise sur pied rapidement.

-Un soutien financier récurrent des organismes autochtones à Montréal doit être assuré.