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Liberté de presse surveillée

Bloc Vaccin santé
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Dans une lettre publiée le 26 janvier 2021, les principaux médias généralistes québécois ont demandé conjointement au gouvernement Legault d’avoir accès aux établissements du réseau de la santé que sont les hôpitaux et les CHSLD.  

Je salue ce réveil des médias, eux dont le rôle consistait essentiellement, depuis 10 mois, à jouer les porte-voix pour diffuser les annonces et les mesures imposées par le gouvernement, les statistiques de la santé publique et de les commenter, plutôt qu’à jouer leur véritable rôle de gardien de la démocratie. 

En interdisant l’accès à ces établissements aux médias, le gouvernement entrave délibérément la liberté de presse, expose le public aux risques d’autocensure des médias (est-ce qu’ils pourraient éviter de critiquer le gouvernement pour espérer en retour la levée de cette interdiction?) et mine la délicate relation de confiance entre le gouvernement et la population pour des motifs questionnables – j’acquiesce à l’argument des médias voulant que les avantages soient supérieurs aux risques. 

Sur le terrain

En réponse, pourquoi les médias ne cesseraient-ils pas d’agir comme simple porte-voix du gouvernement? Après tout, nous ne sommes pas dans un régime totalitaire, comme en Chine ou en Russie. 

Il est temps que les journalistes accomplissent leur travail comme il se doit, c’est-à-dire sur le terrain (là où les Québécois sont morts par milliers), de manière rigoureuse et objective auprès des personnes qui sont au cœur de l’action et des préoccupations des Québécois, en faisant preuve d’un esprit critique, en posant les bonnes questions aux bonnes personnes, en rapportant fidèlement la réalité vécue en sol québécois, qu’elle soit bonne ou mauvaise, et que leurs patrons montent au front, comme ils viennent de le faire, pour défendre l’intérêt supérieur de la collectivité et de la démocratie. 

Témoin de la réalité

Pourquoi le gouvernement refuse de donner aux journalistes l’accès aux hôpitaux et aux CHSLD, qui fonctionnent et dont le personnel est rémunéré grâce aux taxes et aux impôts qu’il nous prélève? Ne devrions-nous pas être en mesure de voir et de savoir exactement ce qui s’y passe, et d’en juger par nous-mêmes? N’est-ce pas le rôle habituel des médias? 

Ce n’est pas un hasard que l’émission « De garde 24/7 » est devenue la production la plus regardée de Télé-Québec; elle remplit justement cette mission à merveille. On y voit même des médecins et des infirmières soignant des patients atteints de la COVID-19, comme quoi il est possible pour les médias de faire ce travail de manière sécuritaire. 

Cette usurpation de la mission journalistique doit cesser. 

Ou serait-ce que le gouvernement craint que les journalistes ne témoignent des ravages des mesures d’austérité, de la réforme Barrette et du manque d’amour de nos gouvernements envers notre système public de santé au cours des 20 dernières années? 

Bloc Vaccin santé
Photo Courtoisie

Patrick Provost, PhD
Professeur Titulaire
Faculté de médecine, Université Laval
Centre de Recherche du CHUQ / CHUL
Axe des maladies infectieuses et immunitaires
Québec

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