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Qui est la vraie Lise Payette?

Lise Payette
Photo d'archives

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Ainsi, Lise Payette aurait conseillé à la jeune femme qui aurait été agressée par le journaliste Michel Venne en 2008 d’enterrer l’histoire.

Non seulement ça, mais sept ans plus tard, après que la jeune femme qui s’était confiée à elle a décidé de briser le silence et de porter plainte auprès de la police, l’ex-ministre péquiste aurait continué de protéger son ami journaliste en demandant à la présumée victime d’écrire une lettre à la famille de monsieur Venne... pour s’excuser du tort qu’elle leur a fait subir !

Avouez que si ces faits (remis sérieusement en doute par les avocats de monsieur Venne) sont véridiques, ça serait assez décoiffant, venant d’une des figures les plus importantes du féminisme québécois ! 

BIEN INTENTIONNÉE ?

Hier, à l’émission que j’anime à QUB radio, ma collègue et amie Denise Bombardier m’a dit qu’avant de juger madame Payette, je devais tenir compte de son âge.

Lise Payette, de dire Denise Bombardier, appartenait – comme elle – à une génération de femmes qui savaient qu’il y avait un prix à payer pour dénoncer les agresseurs. 

  • Écoutez la chronique de Denise Bombardier au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

À l’époque, quand une femme (de surcroît une femme qui avait réussi dans un « monde d’hommes ») dénonçait un confrère de travail, dans la grande majorité des cas, c’est la femme qui payait le prix de cette dénonciation, pas l’homme !  

C’est elle qui perdait son emploi !

C’est elle qu’on écartait pour protéger le présumé agresseur !

Donc, selon Denise, madame Payette aurait voulu tout simplement protéger la présumée victime de Michel Venne. 

« Elle craignait qu’elle perde tout. »

Je comprends ce que veut dire mon amie Denise.

Les féministes des années 60-70 ont bâti leur carrière dans un monde différent du nôtre. Ça les a rendues, disons, plus prudentes, plus craintives lorsque venait le temps d’attaquer un homme de front. 

Elles avaient dû se battre bec et ongles pour se rendre là où elles étaient rendues, et ne voulaient pas débouler l’escalier. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Mais... aller jusqu’à demander à la jeune femme qu’elle écrive une lettre à la famille de son présumé agresseur pour s’excuser ?

Cela, même Denise Bombardier trouve que c’est fort de café...

Entre vouloir protéger une jeune femme qui était à l’aube d’une carrière prometteuse et lui demander de s’excuser auprès de son présumé agresseur, il y a un pas, que madame Payette, même si elle était peut-être bien intentionnée, n’aurait jamais dû franchir. 

À moins que, comme l’allègue la défense, madame Payette n’ait jamais dit ça...

STATUES DÉBOULONNÉES

Le réalisateur français Emmanuel Mouret vient de tourner un film intitulé Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

Ça ferait un titre parfait pour les personnalités publiques qui ne font pas toujours en privé ce qu’elles préconisent en public. 

Combien y a-t-il d’intellectuels qui, dans leur vie, faisaient le contraire de ce qu’ils disaient ?

Jean-Jacques Rousseau qui défendait les enfants, mais se foutait des siens ? John Lennon qui parlait de paix, mais battait sa femme ? 

Simone De Beauvoir qui combattait le patriarcat, mais se comportait comme une midinette soumise envers son amant américain ? Le socialiste François Hollande qui méprisait les pauvres ?

Tariq Ramadan qui prêchait la chasteté, mais violait des femmes ?

« L’être humain est pétri de contradictions », dit l’adage.

Même les gens que plusieurs considèrent comme des modèles...