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En pleine pandémie, le magicien Luc Langevin s’invite dans votre salon

Luc Langevin
Photo d'archives, Toma Iczkovits Luc Langevin

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«La pandémie m’a forcé à trouver une nouvelle forme de magie», explique l’illusionniste québécois Luc Langevin en faisant visiter son petit atelier-studio de Montréal. Depuis décembre, il y anime un spectacle virtuel interactif dont le succès inattendu lui ouvre de nouveaux horizons.

Dans la vie d’avant, l’artiste de 37 ans traversait régulièrement l’Atlantique avec son équipe et son matériel pour présenter ses spectacles en Europe, notamment en France, où plusieurs émissions de télévision ont contribué à sa notoriété. 

Le coronavirus, et sa cohorte d’annulations de spectacles, a été l’occasion d’une remise en question, raconte-t-il à l’AFP. 

Comme pour les arts martiaux qu’il pratiquait dans sa jeunesse, Luc Langevin a cherché à «utiliser la force de l’adversaire contre lui».

  • Écoutez l'entrevue de Luc Langevin avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

«La pandémie nous force à être tous devant des écrans, alors je me suis dit: comment je peux émerveiller les gens dans ce contexte? Ça m’a forcé à trouver une nouvelle forme de magie pour l’offrir aux gens. En fait, ça m’a permis de me réinventer».

Les imposantes caisses de matériel sont désormais rangées contre les murs d’un petit local situé dans une ancienne usine à Montréal. Quelques tables de magie faites sur-mesure, l’incontournable jeu de cartes, un citron, une noix... Et une caméra qui le suit au fil du spectacle, long plan-séquence d’un peu plus d’une heure intitulé Interconnectés.

«Tous les numéros sont très interactifs», insiste-t-il. 

Une vingtaine de spectateurs ayant acheté un billet «premium» apparaissent autour de l’écran. Luc Langevin les interpelle, leur demande de nommer un objet ou une carte qu’il fait ensuite apparaître ou disparaître. Il transforme Donald Trump en concombre d’un coup de foulard magique.

Les spectateurs reçoivent en cours de spectacle un courriel «prémonitoire» du magicien – «ne l’ouvrez pas tout de suite!»: il contient des informations qui seront choisies en direct par des «premium», mais qui ont été «devinées» par l’artiste bien avant.

Certains seront déçus: pas de grandes lévitations, pas de poésie façon Cirque du Soleil (avec lequel il a collaboré), et quelques couacs techniques – «Éric, votre micro n’est pas branché».

L’idée était d’être «proche des gens», avec un public qui participe et influe sur le cours de chaque tour, ce qui fait l’originalité de son projet, selon lui. 

Don d’ubiquité

«Je me demandais: est-ce que les gens vont être prêts à payer 25 ou 55$ pour un produit numérique d’une heure alors qu’avec Netflix, Youtube et les réseaux sociaux, on a ça un peu gratuitement», se souvient Luc Langevin.

La réponse est oui, selon l’artiste. 

Le spectacle, lancé avant les fêtes de fin d’année et initialement prévu pour deux mois, a connu un succès inespéré: une quarantaine de spectacles plus tard, les billets continuent de s’envoler. Alors l’aventure continuera «tant qu’il y a de la demande».

D’autant qu’avec seulement deux techniciens en régie et en moyenne 850 spectateurs par représentation, «on est devenus rentable beaucoup plus rapidement qu’on le pensait», dit-il. «Il n’y a pas de grands camions de tournée, pas de chambre d’hôtel, pas de per diem à payer à tout le monde...»

Autre avantage: ce format donne à l’illusionniste un talent de plus, le don d’ubiquité. 

«C’est une des choses les plus magiques avec ce spectacle, je peux faire une présentation pour l’Europe à 14h30, mais là-bas, il est 20h30. Après je peux retourner manger chez moi avec ma famille et revenir le soir pour une représentation canadienne», détaille ce père d’un jeune garçon.

Une aubaine pour lui, finalement, cette pandémie? 

«On peut voir ça comme ça», lâche-t-il. Prochaine étape envisagée, une version anglophone d'Interconnectés pour attaquer de nouveaux marchés, à commencer par les États-Unis et l’Ouest canadien. Et pourquoi pas, quand les salles rouvriront, alterner représentations sur scène et virtuelles.

«C’est une magie qui est très différente. Les deux produits peuvent coexister», lance-t-il avec un sourire gourmand.