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Deux primes abolies après nos reportages

Physician doing medical interview
Photo Adobe Stock Les gériatres n’ont plus de prime pour examiner les patients de 85 ans et plus.

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Depuis le 18 janvier, les gériatres (ces médecins spécialisés dans le traitement des personnes âgées) n’ont plus droit à une prime allant de 47 à 58 $ chaque fois qu’ils voient un patient de 85 ans et plus.

Ils pouvaient facturer un montant supplémentaire pour de telles consultations, même si c’est justement leur spécialité de soigner les aînés. 

Ceux qui ont une bonne mémoire se souviendront que c’est mon collègue Éric Yvan Lemay qui avait mis en lumière cette prime pour le moins gênante, en mars 2018.

En fait, notre Bureau d’enquête a révélé depuis trois ans toute une série de montants discutables que pouvaient facturer les médecins.

Il y avait le fameux « forfait jaquette », qui permettait aux spécialistes de toucher 66 $ chaque fois qu’ils enfilaient des gants, une jaquette et un masque pour voir un patient en isolement. Cette prime a disparu en décembre 2018 à la suite de pressions populaires soulevées par nos reportages.

Que penser aussi des primes allant jusqu’à 211 $ l’heure pour assister à des réunions (parce qu’on sait que c’est pénible, les réunions), et des primes d’assiduité qui ont coûté aux contribuables 41 M$ en trois ans pour que les chirurgies commencent à l’heure prévue le matin.

Un institut pour décider

Ce n’est pas le gouvernement Legault qui vient d’abolir la prime des gériatres, mais bien l’Institut de la pertinence des actes médicaux. Cette organisation très peu connue a été créée dans la foulée de l’entente sur la rémunération des médecins spécialistes en mars 2018.

Sa mission est justement de « restreindre ou éliminer des actes médicaux inappropriés, rendus à des fréquences excessives ou non conformes aux bonnes pratiques médicales ». Depuis avril 2020 et jusqu’en mars 2023, l’Institut doit avoir identifié des économies récurrentes de 450 M$.

Deux des trois premières mesures prises par l’Institut pour remplir sa mission consistent en l’abolition de primes mises en lumière par notre Bureau d’enquête. 

En plus de supprimer la prime « aînés », l’Institut a également décidé que la prime d’assiduité de 110 $ versée aux chirurgiens qui débutent leur opération à l’ouverture du bloc opératoire, chaque matin, ne pourrait plus être facturée.

Or, qui siège à l’Institut de la pertinence des actes médicaux ? Quatre représentants gouvernementaux, mais également quatre représentants désignés par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

C’est donc dire que les spécialistes eux-mêmes ont convenu que certains montants facturés par leurs pairs étaient déraisonnables. J’y vois une autre preuve de l’importance du travail de notre Bureau d’enquête.

Du bon pied

L’Institut de la pertinence des actes médicaux semble donc avoir entrepris du bon pied son rôle de chien de garde des contribuables face aux médecins qui pèsent trop fort sur le crayon. 

Pour poursuivre leur travail, je suggère aux membres qui y siègent de lire le reportage du 7 décembre dernier de notre journaliste Nicolas Lachance, à propos de la rémunération 2019 des spécialistes. On y apprenait notamment que 10 d’entre eux ont gagné plus de 2 M$ en un an, et qu’un ophtalmologiste a même facturé 2,5 M$.

Bien sûr, l’équipement médical coûte cher, mais faites le calcul. C’est un salaire de près de 7000 $ par jour, s’il avait travaillé 365 jours par année.