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De plus en plus difficile d'acquérir une propriété à Québec

Il y a énormément de surenchères et peu de maisons disponibles à Québec

Paschall Hardy et sa conjointe Pascale Rancourt dénoncent la difficulté d’acquérir une maison dans le marché actuel à Québec et la pression ressentie par les acheteurs potentiels alors qu’il y a énormément d’offres d’achat simultanées et de surenchères.
Photo Didier Debusschere Paschall Hardy et sa conjointe Pascale Rancourt dénoncent la difficulté d’acquérir une maison dans le marché actuel à Québec et la pression ressentie par les acheteurs potentiels alors qu’il y a énormément d’offres d’achat simultanées et de surenchères.

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De potentiels acheteurs de Québec ont de plus en plus de difficulté à acquérir une propriété et dénoncent une pression grandissante à leur endroit, alors que les ventes de maisons explosent et que l’inventaire se vide à vue d’œil dans la région.

«C’est fou comment on nous met la pression en ce moment, c’est une guerre stratégique quasiment sauvage avec les autres acheteurs potentiels», laisse entendre Paschall Hardy, qui cherche une maison pour loger sa petite famille.

Temps de visite très limité, nombre d’acheteurs potentiels élevé, des offres qui doivent être faites dans les heures suivant la visite, le processus de recherche de propriété est loin d’être une partie de plaisir actuellement, affirme M. Hardy.  

«Étant donné que les taux d’intérêt sont extrêmement bas, il y a énormément de personnes qui se garrochent pour acheter une maison en ce moment, croit l’homme. Il y a des [files d’attente] de fou et il y a des surenchères excessives sur les propriétés intéressantes.»

Des offres qui ont été surpassées

Obligé de quitter son appartement puisque la propriétaire en reprendra possession dans un peu plus de quatre mois, il s’est mis en quête de la maison de ses rêves depuis la mi-décembre.  

Jusqu’à présent, il en a visité une quinzaine et a déposé quatre offres. Elles ont toutes été surpassées. 

Même lorsque sa femme et lui ont offert 31 000 $ de plus que le prix demandé, « pour être certains de l’avoir », leur offre s’est retrouvée en deuxième position sur un total de 18.

D’après le dirigeant d’agence et courtier chez RE/MAX, Nicolas Geoffroy-Brûlé, cette situation, de plus en plus fréquente, est due à une baisse notable de l’inventaire de l’immobilier résidentiel dans la région.

Aussitôt listée, aussitôt vendue

De leur côté, Karine Boivin et son conjoint ont constaté la même situation. Bien qu’ils aient eu plus de chance que M. Hardy, ils soulignent la rapidité avec laquelle les décisions doivent être prises dans le marché actuel.

«Notre maison a été listée le jeudi, mon conjoint est allé la visiter le samedi et on a dû faire une offre sans même que je l’aie vue de mes yeux, à cause de la pression du marché», explique-t-elle.

Comme il y a eu trois autres offres, le couple a dû bonifier la leur dès le lendemain. Ils ont finalement « remporté l’enchère » en ajoutant 30 000 $ à leur première offre. En moins de cinq jours, la propriété était vendue. 

  • Dans son dernier rapport Zoom sur l’habitation du 27 janvier 2021, Desjardins prévoit une hausse du prix des maisons de 19,4 % en 2021, à l’échelle provinciale.   

Des sommets historiques dans la vente résidentielle à Québec 

Ventes totales   

  • 2020 : 10 651   
  • 2019 : 8291   
  • Croissance : +28 %     

Unifamiliale  

  • 2020 : 7224   
  • 2019 : 5832   
  • Croissance : +24 %     

Copropriété   

  • 2020 : 2617   
  • 2019 : 1879   
  • Croissance : +39 %     

Inventaire   

  • 2020 : 5618   
  • 2019 : 7716   
  • Croissance : -27 %     

Unifamiliale  

  • 2020 : 3192   
  • 2019 : 4657   
  • Croissance : -31 %     

Copropriété   

  • 2020 : 1958   
  • 2019 : 2407   
  • Croissance : -19 %    

Source : Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ)

Du «jamais-vu» dans la région  

La pandémie a permis aux ventes en immobilier résidentiel d’atteindre des sommets historiques à Québec, au détriment des acheteurs potentiels qui doivent composer avec un bassin de propriétés réduit.

En 2020, 10 651 propriétés ont été vendues dans la région métropolitaine de Québec, soit 2359 de plus que l’année précédente (+28 %), un record, d’après Charles Brant, directeur d’analyse du marché à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).

«L’année 2019 était déjà une très bonne année, en général, on tourne autour de 6000 à 7000 ventes par an. Alors, qu’il y en ait eu autant l’an dernier, on n’a jamais vu ça!» affirme-t-il. 

Par la même occasion et en raison d’un taux d’inscription de nouvelles propriétés particulièrement bas, une baisse historique de l’inventaire de 27 % a été observée sur le territoire en un an, passant de 7716 à 5618 bâtiments en vente.

Forte pression sur les acheteurs

Bien que la situation soit moins importante à Québec qu’à Montréal, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une forte pression sur les acheteurs potentiels, explique M. Brant.

«En l’espace d’une année, pour les maisons unifamiliales, on est passé d’un marché résidentiel équilibré à un marché de vendeurs. Au niveau de la copropriété, on est passé d’un marché d’acheteurs directement à un marché de vendeurs», précise-t-il.

Un marché fou

Nicolas Geoffroy-Brûlé, dirigeant d’agence et courtier chez RE/MAX, est du même avis.

«Dans plusieurs cas, les acheteurs doivent maintenant faire cinq, six ou même sept offres d’achat sur des maisons différentes et ne réussissent parfois même pas à en gagner une parce qu’ils étaient une dizaine dessus», indique-t-il.

«Le marché immobilier est un peu fou en ce moment, en plus du stress de la pandémie. Ça met tout le monde sur les dents : les courtiers, les vendeurs et les acheteurs», conclut M. Geoffroy-Brûlé.