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Les 1600 psychothérapeutes sont là pour aider!

Doctor consulting male patient, working on diagnostic examination on men's health disease or mental illness, and writing on prescription record information document in clinic or hospital office
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Chaque semaine depuis les débuts de la pandémie, l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ) ainsi que les médias dénoncent l’inaccessibilité des services de psychothérapie offerts par les psychologues dans le réseau public. Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale appuient ces revendications, en plus de reconnaître l’urgence d'instaurer un programme d'accès universel à la psychothérapie, reflétant en cela l'opinion publique.  

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Récemment, une lettre de la Coalition des psychologues du réseau public québécois était publiée ici; ses 904 signataires (206 psychologues et neuropsychologues et 698 médecins) y déploraient la teneur et les modalités d’application du Programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM). 

Soulignant les défections de plus en plus nombreuses des psychologues dans le réseau public, ils n’hésitaient pas à qualifier de «Mac Thérapie» les étapes proposées par le PQPTM à l’heure où en pleine pandémie, de plus en plus de Québécois ont besoin de soins appropriés pour maintenir leur bien-être mental. 

En accord avec ce plaidoyer, les 1600 psychothérapeutes du Québec autorisés à exercer la psychothérapie comme les psychologues désirent signaler leur présence, dans le réseau public comme en bureau privé. 

Qui sont les psychothérapeutes non psychologues?

Selon leurs ordres respectifs, on compte 1600 membres dûment accrédités. 55% des psychothérapeutes exercent en bureau privé et les autres œuvrent déjà au sein des réseaux public et communautaire, selon le rapport Pour un accès équitable aux services de psychothérapie au Québec de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESS, 2017). 

Ces psychothérapeutes déplorent que la présidente de l’OPQ, madame Christine Grou, ne mentionne jamais leur existence dans ses interventions médiatiques lorsqu’il s’agit de défendre l’accès à la psychothérapie pour la population. 

Certes, ceux-ci ne sont pas membres de l’OPQ, n’ayant pas le titre de «psychologue» mais, depuis l’instauration de la loi 21 (2012) qui encadre la pratique des professionnels en santé mentale, c’est l'OPQ qui octroie le permis et encadre la pratique de la psychothérapie, un acte partagé avec les psychologues. 

Y aurait-il un peu de «corporatisme» dans les omissions de madame Grou, alors que les besoins croissants de la population devraient avoir préséance? Ou encore, les psychothérapeutes accrédités étant beaucoup moins nombreux que les psychologues, est-ce que cette représentation plus modeste fait oublier leur existence? 

Dans une lettre ouverte publiée l’automne dernier, le ministre Lionel Carmant annonçait son intention de recourir davantage aux services des psychothérapeutes dans le réseau public. Ceux-ci se réjouissent de cette décision, d’autant plus que ceux qui y œuvrent déjà déplorent la sous-utilisation, voire le peu d'appels qu’on fait à leurs compétences. La population, elle, ignore qu’ils existent, le titre d’emploi «psychothérapeute» n’existant même pas dans le réseau public. 

Qu’est-ce qui distingue les psychothérapeutes non psychologues des psychologues?

Selon la loi 21 encadrant les professionnels de la santé mentale, seuls les médecins et les psychologues (ainsi que quelques autres professionnels spécialisés) sont autorisés à évaluer et à diagnostiquer la présence d’un «trouble mental». Les psychothérapeutes (certains conseillers et conseillères en orientation, criminologues, ergothérapeutes, infirmiers et infirmières, médecins, psychoéducateurs et psychoéducatrices, psychologues, sexologues, travailleuses et travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux), eux, sont autorisés à effectuer une évaluation rigoureuse du fonctionnement psychologique et mental, ainsi qu'à établir un plan de traitement pour une personne atteinte d’un trouble mental diagnostiqué au préalable par un professionnel autorisé. 

Les psychothérapeutes ont également le droit de dépister un trouble mental chez un.e patient.e et, le cas échéant, diriger cette personne vers un professionnel autorisé si un diagnostic de trouble mental est nécessaire, ceci dans le but d'offrir à la personne concernée un traitement optimal. 

Le législateur a donc décidé de faire confiance au jugement professionnel des psychothérapeutes. En ce sens, les programmes universels gouvernementaux tels que l’IVAC (Indemnisation des victimes d'actes criminels) et la CNESST (Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail) reconnaissent déjà l’évaluation initiale effectuée par les psychothérapeutes. À la SAAQ, bien qu’un diagnostic effectué par un médecin soit requis, les psychothérapeutes font également partie des fournisseurs de services avec les psychologues. Leurs compétences répondent donc aux mêmes responsabilités professionnelles que celles des psychologues, à l’exception de l’évaluation des troubles mentaux lorsque la situation l'exige. 

Les psychothérapeutes ne seront pas de trop

Les 904 signataires de la lettre parue récemment dans cette tribune proposent quatre solutions à la croissance du besoin d’aide en santé mentale des Québécois: 

1. «Offrir un traitement basé sur l’état du patient plutôt que sur des objectifs de gestion ou des statistiques; 

2. Augmenter le nombre de psychologues dans le réseau public en leur offrant des conditions de travail adéquates; 

3. Exiger un meilleur ratio de psychologues par étudiants dans les écoles, les cégeps et les universités; 

4. Impliquer des psychologues au niveau de la santé publique pour que les débats futurs prennent réellement en ligne de compte la santé mentale dans l’élaboration des mesures d'aide à la population.» 

Les psychothérapeutes non psychologues en ajoutent une cinquième:      

  • Inclure les psychothérapeutes accrédités par l’OPQ et profiter davantage des compétences actuellement sous-utilisées de ceux qui sont déjà actifs dans le réseau public.           

Tant dans le réseau public qu’en bureau privé, doit-on priver la population de la compétence des psychothérapeutes? Où serait alors l’intérêt de la population? À ce besoin d’aide plus urgent que jamais, les psychothérapeutes répondent, eux aussi, «présents»! 

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Photo courtoisie

Nicole Desjardins, M.A.

Sexologue et psychothérapeute de couple et familiale en bureau privé, en collaboration avec les membres du conseil d’administration de l’Association des psychothérapeutes du Québec (APQ)

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