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L’industrie aérienne en crise: les pilotes tirent la sonnette d’alarme

Jean-François Bergeron
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI Jean-François Bergeron

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Les pilotes d’avion implorent le gouvernement Trudeau de venir en aide aux transporteurs canadiens, qui sont menacés de faillite alors que les vols vers les destinations soleil ont été suspendus et que les entreprises étrangères en profitent pour s’accaparer leurs parts de marché.

Car quiconque veut vraiment partir dans le Sud peut encore le faire en transitant par les États-Unis et en embarquant à bord d’un vol d’une des grandes compagnies américaines.

«Il est possible que ça devienne la norme après la pandémie, si on ne fait rien», entrevoit avec inquiétude Jean-François Bergeron, qui compte 32 ans de métier derrière la cravate.

Aide déguisée

Voilà presque un an maintenant qu’il est cloué au sol et qu’il subsiste grâce à la Subvention salariale d’urgence (SSUC).

Mis en place au début de la pandémie par Ottawa, ce programme permet aux entreprises en difficulté de garder leurs employés grâce à une aide qui couvre jusqu'à 75 % de leur rémunération.

Ottawa estimait il y a quelques semaines que les transporteurs avaient touché 1,5 milliard en SSUC depuis le début de la crise. Or, pour M. Bergeron, ce montant est largement insuffisant et l’industrie canadienne mériterait une aide spécifique pour se relever.

«La Subvention salariale, ce n’est pas vraiment une aide, c’est du chômage déguisé avec quelques avantages, analyse-t-il. Si ça n’avait pas existé, on se serait retrouvé au chômage de toute façon, donc le gouvernement aurait tout de même eu à dépenser une partie de cet argent.»

  • Écoutez l'entrevue de Geneviève Pettersen avec le pilote de ligne Dominic H. Daoust sur QUB radio: 

L’aviateur d’expérience ne se plaint pas de son sort personnel. Il s’accommode de la SSUC et il comprend tout à fait que dans un contexte difficile les pilotes doivent faire certains compromis.

En fait, il ne se préoccupe pas tant de la situation actuelle que de l’après-COVID, lorsque les gros joueurs internationaux seront bien en selle pour amorcer la reprise, mais que les compagnies canadiennes traîneront de la patte.

«Les pays du G20 ont tous donné des grosses aides à leurs transporteurs, sauf le Canada», a dénoncé Jean-François Bergeron.

Compétition féroce

Air France a reçu l’équivalent de près de 11 milliards $ dès avril pour se tirer d’affaire. L’Allemande Lufthansa, elle, a pu bénéficier d’un coup de pouce d’environ 14 milliards $.

Au Canada, le gouvernement Trudeau avait promis une aide supplémentaire pour le secteur aérien, mais à condition que les transporteurs remboursent intégralement les passagers qui ont dû annuler leur voyage durant la première vague.

«Il n’y a personne au fédéral qui s’inquiète. C’est lamentable! Le gouvernement préfère faire de la politicaillerie. Ils n’ont qu’une vision à court terme», a déploré avec véhémence Mehran Ebrahimi, spécialiste de l’aéronautique.

Ce professeur du département de management à l’UQAM ne donne pas cher de la peau du fleuron québécois Transat s’il n’est pas racheté à temps par Air Canada.

Quant au plus gros transporteur au pays, il va survivre à la crise, mais il aura perdu certains marchés qu’il tentait de développer depuis plusieurs années, estime M. Ebrahimi.

Il pense entre autres aux liaisons avec la Chine ou avec l’Inde que Qatar Airways ou Turkish Airlines ont pu continuer d’offrir pendant la crise grâce à l’aide que leur gouvernement leur a versée.

«Je crois que lorsqu’il y aura une reprise. Beaucoup de nos pilotes, qui ont une très bonne réputation dans le monde, vont aller travailler pour ces compagnies. Il faut se rappeler qu’avant la pandémie, il y avait une pénurie de pilotes», a déclaré M. Ebrahimi.

Remise à niveau coûteuse

Jean-François Bergeron aimerait, lui, continuer de voler sur les ailes d’une entreprise d’ici, mais ce ne sera pas demain la veille.

«Les gens ne le savent pas, mais les pilotes doivent faire deux sessions de simulateur tous les six mois, explique-t-il. Sauf que là, tout est arrêté, comme les compagnies n’ont plus d’argent. Alors quand l’industrie va repartir, nous, on ne pourra repartir tout de suite, comme on va devoir se remettre à niveau pendant plusieurs semaines.»

«Et ça, ça coûte cher et les compagnies n’auront pas les reins assez solides pour ça», appréhende-t-il.