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Une autre histoire de nos origines

WE 0130 Lanctot
Photo courtoisie Le nouveau monde oublié
Marco Wingender
Éditions Marché B

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En préface, le réputé sociologue Denys Delâge annonce les couleurs de cet ouvrage : il sera question de notre métissage, de ces liens que nous avons établis avec les Premières Nations. Liens commerciaux, mais aussi affectifs et amoureux, tout ce qui a fait de nous autre chose que des Français obéissant aux ordres du roi.

« La proximité et l’interaction des colons avec les Autochtones, dit-il, ont fortement inspiré la distanciation des Canadiens et des Français à l’égard de leur société d’appartenance, introduisant le doute sur soi quant à la manière d’élever les enfants, au caractère privé de la propriété, à l’autorité absolue du roi et au caractère contraignant des ordres des officiers, des règles du mariage et de la sexualité. »

Pour Marco Wingender, qui n’est pas historien, précise-t-il, mais un passionné de l’histoire des Amériques, notre histoire nationale, faite « de personnages inspirants, d’exploits, de tragédies, de conquêtes et surtout de récits d’amitié au cœur de la rencontre de deux civilisations que tout opposait », mérite d’être mieux connue et racontée « avec les yeux du cœur », parce que le peuple québécois est malheureusement « amnésique de son passé ». Il se propose donc de raconter « l’histoire de la Nouvelle-France sous l’angle de la rencontre entre les colons français et les Premières Nations du nord-est de l’Amérique du Nord, du rapport qui s’est développé entre eux ainsi que du métissage qui en résulta ». Entreprise épique qui s’appuie sur des centaines de livres et documents divers.

Car Wingender nous invite à revisiter la Nouvelle-France sous différents angles, en canot, à pied, en raquettes, jusqu’au fin fond des bois, sur les sentiers tracés par nos frères amérindiens ou dans les champs fraîchement défrichés, cherchant à en découdre avec l’ennemi britannique ou succombant à l’appel d’Éros « au contact du charme des femmes amérindiennes », s’initiant ainsi « à une sexualité libérée dont ils n’auraient jamais pu même rêver au sein de leur société européenne d’origine ». 

Son récit débute avec la conquête des îles d’Hispaniola et de Cuba par les Espagnols, alors que Christophe Colomb et ses soldats soumettront brutalement la population autochtone à l’esclavage. Puis Cortés s’empara de Tenochtitlan (Mexico), la capitale aztèque, et Pizarro fit de même avec l’Empire inca au Pérou.

Attirés par la rapine des Espagnols qu’ils veulent surpasser, les Anglais débarquèrent sur la côte est de l’Amérique du Nord, en Virginie, tout d’abord. Délogeant les populations amérindiennes, puis les exterminant carrément – « les maladies et les guerres réduisirent le nombre d’Algonquiens en Virginie de 24 000 en 1607 à tout juste 2000 en 1669 » –, ils entreprirent de coloniser la région jusqu’en Nouvelle-Angleterre.

La colonisation française, plus tardive, sur les rives du Saint-Laurent, fut elle aussi marquée, au début, par la même arrogance à l’égard des populations amérindiennes. Mais cette attitude changea au tournant du XVIIe siècle, alors que « la nature des relations diplomatiques entre les Français et les Autochtones prit une trajectoire historique singulière, plus cordiale et plus égalitaire que celles de toutes les autres colonies rivales à l’échelle des Amériques ». Champlain y fut pour quelque chose, lui qui « aspirait à vivre dans un monde où les gens pourraient vivre en paix les uns avec les autres, malgré leurs différences ».

Mêlant anecdotes, faits historiques et réflexions personnelles, à la manière de Serge Bouchard, l’auteur de cet ouvrage nous fait traverser près de 500 ans d’histoire, nous rappelant de nombreux faits d’armes oubliés.

Le peuple métissé du Québec forme la douzième des Premières Nations, affirme l’auteur, avant de conclure : « Ce n’est point par le sang que se transmet le sens de l’appartenance, mais par osmose, en s’attachant intimement à une culture, en la vivant chaque jour, en se mêlant à elle et en contribuant à la renouveler par ses propres couleurs contemporaines. La nôtre, elle est née dans un monde franco-amérindien dont les empreintes ont été laissées par ses premiers habitants, Autochtones et immigrants français devenus Acadiens, Canadiens et Métis. » Puis Québécois.