/entertainment/shows
Navigation

Le Cirque rêve de Vegas pour cet été

Le PDG du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, vise le mois de juillet pour le retour sur «la Strip»

Daniel Lamarre Cirque du Soleil
Photo courtoisie, Cirque du Soleil L’année 2020 a été la plus difficile pour Daniel Lamarre depuis son arrivée au Cirque du Soleil, en 2001. « Ç’aurait été horrible pour moi de quitter l’entreprise dans les difficultés qu’on avait. C’est sûr que je voulais passer à travers la crise. »

Coup d'oeil sur cet article

Quand la pandémie a frappé, en mars 2020, le Cirque du Soleil a dû fermer en l’espace de quelques jours ses 44 productions qui étaient actives un peu partout sur la planète. Cette crise a fait perdre à l’entreprise des revenus de plus d’un milliard de dollars. Quelques mois après le rachat du Cirque par ses créanciers, Le Journal s’est entretenu avec le PDG de la compagnie, Daniel Lamarre, sur la relance éventuelle des activités et les défis que posera le monde post-pandémie.


Comment avez-vous vécu l’arrivée de la pandémie l’an dernier ?

« Ç’a été une expérience très difficile. En même temps, la seule chose positive qui est sortie de ça pour nous, c’est de voir la force de la réputation du Cirque du Soleil à travers le monde. Tu parles d’une entreprise qui n’a eu à peu près pas de revenus depuis le mois de mars dernier et qui va en avoir encore très peu avant la fin de cette année. Et malgré tout ça, y’a des gens qui se sont présentés pour nous appuyer et assurer la survie de l’entreprise. Pour moi, c’est un grand soulagement d’avoir cette marque de confiance là. »

« Le 14 mars, je me rappelle très bien quand j’ai reçu le téléphone me disant qu’on devait fermer tous nos spectacles à Las Vegas. On avait fermé précédemment nos spectacles de tournée. Mais pour moi, la fermeture de Vegas, compte tenu de l’importance que ça a pour nous, symboliquement et financièrement, pour moi, je t’avoue que ç’a été un coup au cœur difficile à encaisser. »


Qu’avez-vous fait avec vos milliers d’employés une fois que tous les spectacles ont été arrêtés?

« Dans un premier temps, on a gardé une équipe très réduite. On parle d’à peu près 175 employés au total, qui sont des employés essentiels à la reprise de nos activités. À ça, tu dois ajouter tout près de 800 artistes, à Las Vegas. On a continué à couvrir tous les bénéfices auxquels ils ont droit normalement. On parle de millions de dollars pour protéger nos artistes pour qu’ils demeurent à Las Vegas, pour qu’au moment où on reprend nos activités, qu’ils soient sur place et prêts à partir. On a aussi défrayé le coût de nos artistes à Orlando pour la même raison. »


Êtes-vous optimiste pour la relance des spectacles cette année ?

« On croit pouvoir reprendre nos spectacles de Las Vegas et d’Orlando en premier. La date la plus optimiste, c’est au mois de juillet. On va suivre de près la vaccination. Une chose qui est très intéressante pour nous, c’est que lorsque tu regardes les taux d’occupation des hôtels de MGM depuis quelques semaines, c’est très impressionnant. Ça veut dire qu’il va y avoir normalement beaucoup de monde à Vegas à compter de l’été prochain. Donc, ça justifie notre ouverture de spectacle. »


Qu’en est-il pour le retour des spectacles de tournée ?

« Dans le meilleur des scénarios, ce sera à l’automne prochain. Mais nous, on fait toute notre planification en fonction de 2022. On se dit que dès qu’on va pouvoir rouvrir des spectacles, on va le faire. Parce que l’ouverture d’un spectacle signifie des emplois retrouvés pour nos gens. Donc, c’est sûr que dès que quelqu’un va nous permettre d’ouvrir un spectacle, on va le faire. Mais on n’a pas basé notre planification là-dessus. On s’est dit que 2021 va être une année de préparation. Et 2022 devrait être l’année où le Cirque va retrouver de façon importante sa profitabilité et ses fans. »

« Avant les Fêtes, j’étais préoccupé de voir quel était le pourcentage des artistes qui était prêt à revenir avec nous sur l’ensemble de nos spectacles de tournée. On a fait une gigantesque opération sur [la plateforme de visioconférence] Teams avec à peu près 1200 personnes. Et l’ensemble de ces gens-là a confirmé l’intérêt de revenir. »


Le Cirque envisage-t-il de présenter des spectacles virtuels ?

« Ce sont des pistes qu’on explore. Quand la crise a commencé, on a mis sur pied le réseau CirqueConnect et on a joint au-delà de 62 millions de personnes à travers le monde. Ça nous a indiqué que les gens sont en appétit pour voir nos contenus. Et ça nous indique qu’il y a peut-être éventuellement une nouvelle source de revenus pour le Cirque du Soleil. » 


Certaines personnes parlent d’exiger que les spectateurs aient été vaccinés ou qu’ils soient testés sur place pour pouvoir assister aux spectacles. Le Cirque envisage-t-il cette possibilité?

« On regarde toutes les possibilités et on parle beaucoup aux différents gouvernements à travers le monde. Parce qu’on veut comprendre quelles seront les politiques, les règles, les normes. Nous ce qu’on veut, c’est de s’assurer que si t’achètes un billet du Cirque du Soleil, tu vas te sentir en sécurité dans le théâtre ou dans la tente. Là-dessus, on a une équipe qui ne fait à peu près que ça, faire le suivi des différentes règles à travers le monde. »


Il y a quelques jours vous avez passé le cap des 20 ans au sein du Cirque du Soleil. Vous avez dit que l’année 2020 avait été votre plus difficile à vivre au sein de l’entreprise. Comment se remet-on d’une année comme celle-là?

« Comme tu peux le sentir dans mon ton aujourd’hui, je suis très soulagé. Ç’aurait été horrible pour moi de quitter l’entreprise dans les difficultés qu’on avait. C’est sûr que je voulais passer à travers la crise. Aujourd’hui, je sais que l’entreprise va continuer. Et de voir toute l’équipe qui est motivée, ça m’enlève un fardeau énorme. » 

« La vérité, c’est que je ne serai pas satisfait tant que je n’aurai pas accueilli les gens au Cirque du Soleil. C’est sûr que, quand je me projette dans les prochains mois, je visualise avec beaucoup d’excitation la première d’O, du prochain spectacle de tournée, la première à Disney que je pense qui risque d’être le prochain gros hit du Cirque du Soleil. Je suis très excité par ce nouveau spectacle-là. Je m’imagine quasiment à l’entrée du building à accueillir les gens qui reviennent au travail. Je ne serai satisfait qu’à ce moment-là. »


Le siège social du Cirque du Soleil est-il à Montréal pour y rester?

« La réponse est simple: n’importe qui qui va achèter le Cirque du Soleil, quand il voit nos installations qui sont uniques, il a payé pour ça! Pourquoi se déferait-il de l’investissement qu’il vient de faire? D’un côté économique, n’oublions pas que ça coûte 30% moins cher de produire au Québec. C’est encore un avantage. Je me plais beaucoup à le rappeler aux Américains, parce qu’il est important. L’autre secteur, qui est peut-être moins connu, c’est qu’il y a quand même une richesse naturelle au Québec: la créativité. On a des bons créateurs, des bons artistes et je pense qu’il faut continuer à puiser dans cette ressource naturelle-là qui est typique au Québec. »

BIO   

  • Nom : Daniel Lamarre  
  • Profession : Président-directeur général du Cirque du Soleil depuis 2001.    
  • Impact : Le Cirque du Soleil avait 44 productions actives [dont six spectacles à Las Vegas et 13 spectacles de tournée] quand la COVID a frappé. Toutes ont dû fermer leurs portes pour une durée indéterminée. Le Cirque a depuis annoncé que les spectacles Zumanity (Las Vegas), NYSE (Berlin) et Paramour (Hambourg) étaient arrêtés pour de bon pour des raisons qui ne sont pas entièrement reliées à la pandémie. À ce jour, seuls les spectacles résidents en Chine [The Land of Fantasy, à Hangzhou] et au Mexique [JOYÀ, à Riviera Maya] ont pu reprendre. Le chiffre d’affaires annuel du Cirque est évalué à environ un milliard de dollars.