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Le Panier Bleu, très loin d’être une idée miracle

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Le Québec veut son propre Amazon et se doter d’un portail permettant aux Québécois de découvrir et même d’acheter en ligne des produits québécois dès l’automne, sans pour autant discriminer les produits provenant d’ailleurs.

Financée par le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale et en partie par les contribuables québécois, cette initiative vise à promouvoir activement des produits d’ici qui bénéficieront d’algorithmes favorables sur nos moteurs de recherche favoris sur internet.  

Le Panier Bleu, ce noble concept, aura une tâche ardue pour se démarquer parmi les grands du Web, surtout dans le secteur agroalimentaire. Amazon détient 12 % du commerce électronique nord-américain. Office Depot, Staples, Apple, Dell et Walmart détiennent ensemble 10 % du marché, soit la même taille qu’Amazon. 

Cela laisse plus de 2000 détaillants à se battre pour les 80 % restants. Le Panier Bleu et d’autres initiatives semblables qui ont vu le jour depuis le début de la pandémie s’ajoutent à cette liste. La concurrence s’annonce très féroce.

Trop peu d’investissements

Pour maintenir le rendement cybernétique du Panier Bleu à un très haut niveau afin de permettre aux Québécois de le retrouver dans la jungle virtuelle de l’internet, il faut constamment investir dans la plateforme. Les temps ont bien changé depuis la fameuse « Toile du Québec ».

De plus, l’existence même du Panier Bleu semble sous-entendre que les produits provenant de l’extérieur rapportent peu à l’économie québécoise. Or, les détaillants, les gens qui travaillent en succursale, les agents et distributeurs sont tous québécois. Notre économie est ouverte et plusieurs entreprises vivent des importations, qu’on le veuille ou non. 

En agroalimentaire, la concurrence fait en sorte que la filière québécoise aspire constamment à mieux faire.  

Une des vérités qui dérangent au sujet de l’achat local est que le produit local n’est pas toujours le meilleur ni le moins cher. 

Parfois les prix seront moins élevés, mais pas toujours. Jouer avec le commerce international, c’est compromettre l’abordabilité des aliments des Québécois.

Le Panier Bleu représente vraiment une fausse bonne idée, voilà tout. L’idée charmait en avril avec le portail, les logos et les artifices, mais, avec la plateforme transactionnelle qui s’y ajoute, les partenaires n’auront pas fini de faire des paiements. Pour changer la donne et affronter la concurrence, il aurait probablement fallu un investissement trois fois plus gros que les 900 000 $ proposés. Les grands de la distribution alimentaire planifient investir plus de 12 milliards de dollars au Canada, d’ici cinq ans.

Les Québécois, pas si branchés

Les consommateurs québécois savent très bien comment naviguer sur l’internet. Offrir une tribune particulière aux produits québécois ne peut pas nuire. 

Cependant, il ne faudrait pas s’attendre à des miracles, car les Québécois sont parmi les moins branchés pour les achats en ligne, surtout pour l’alimentation. Selon un sondage effectué par l’Université Dalhousie en décembre dernier, presque 55 % des Québécois n’ont pas commandé un seul produit en ligne depuis le début de la pandémie, le plus haut taux au pays.

Au-delà du principe de la promotion de produits locaux réside le malaise du protectionnisme plausible. 

Le décret que le président Biden a signé cette semaine, qui met de l’avant la loi du « Buy American », ne fait pas que des heureux, tant aux États-Unis qu’ailleurs. Mais les Américains ont les moyens de tenir tête au reste du monde, pas le Québec.