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« On le doit à nos jeunes »

« On le doit à nos jeunes »

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Voilà une phrase bien calculée, valant son pesant d’or, répétée maintes fois par M. Legault pour justifier la réouverture des écoles primaires en janvier dernier malgré la pandémie. Ne vous méprenez pas : j’étais plus qu’heureuse de retourner au travail. Enseigner à distance, ce n’est pas mon truc.   

N’allez pas croire non plus que je ne reconnais pas l’immense travail de notre premier ministre en ces temps difficiles. Je ne voudrais pas être à sa place. 

Cependant, je suis restée accrochée à cette phrase, cet énoncé, qui sous-entend que l’école est importante et que le cheminement des élèves est au cœur des décisions de notre gouvernement. M. Legault ne cesse de répéter que la réussite des jeunes, c’est SA priorité. Alors pourquoi les bottines ne suivent-elles pas les babines? 

Nos jeunes subissent en effet les contrecoups de cette pandémie, tant au niveau scolaire que social. Oui, certains accusent du retard, d’autres éprouvent des difficultés grandissantes. La détresse est palpable. Bon nombre de parents se sentent dépassés, ils ont pris la pleine mesure des embûches rencontrées par leur(s) enfant(s) pendant le confinement et surtout, lors du retour à l’école. 

Un problème qui existe depuis des années

Ce qui me chicote dans toute cette horreur, c’est que nous, les enseignants et intervenants du milieu scolaire, crions haut et fort depuis des années que nous avons besoin de services pour nos jeunes. Nous ne cessons de répéter que nous ne suffisons pas à la tâche. Chaque fois, les gouvernants précédents ont répondu à notre cri du cœur par des coupures de services, des budgets amincis, des groupes plus nombreux et des tâches plus complexes. Est-ce ainsi qu’on montre à quel point la réussite de nos jeunes nous préoccupe? Je me le demande. 

La pandémie oblige notre gouvernement à agir, à se positionner. Les décisions à prendre arrivent en grand nombre, constamment. Il semble n’y avoir aucun répit. Je ne peux que constater la lourdeur de la tâche pour nos dirigeants. Cependant, clamer que la réussite de nos jeunes est au cœur des décisions n’est rien d’autre qu’un argument qui tombe juste à point pour rassurer les parents et montrer à la société qu’on se préoccupe du sort de nos enfants. C’est un argument bidon. 

Je suis désolée d’avoir à vous ouvrir les yeux : les élèves « en difficulté » l’étaient déjà, en grande majorité, avant la pandémie. Alors, cessez de mettre tout cela sur le dos de la Covid. Si le gouvernement se préoccupait sincèrement du sort de ses jeunes, il y a bien longtemps qu’il aurait adapté sa conduite. Il ne se montrerait pas si aveugle aux besoins dans nos milieux et prendrait le temps d’élaborer des solutions concrètes. Nous en proposons sans relâche. 

Ce que plusieurs ignorent, c’est que chaque année, nous devons choisir qui pourra bénéficier des mesures d’aide, car les heures sont limitées et ne vont qu’en diminuant. Sur huit élèves ayant des besoins dans la classe de Mme X, on lui demande de n’en choisir que trois. Désolé, Mme X, nous ne pouvons pas aider tout le monde. Vous allez devoir vous occuper des cinq autres comme vous le pourrez. 

Monsieur, madame, votre propre enfant fait peut-être partie de ces cinq élèves... 

Nous n’avons pas envie de faire la grève

La société s’indigne en ce moment, la population est en colère : des mandats de grève apparaissent un peu partout au Québec. On sait bien, les profs veulent une deuxième semaine de relâche. Bon, encore des congés pour ces profs qui en ont déjà plus que tout le monde. Les profs, ces paresseux qui ne sont jamais contents. Ce sont nos enfants qui vont encore écoper. 

Réalité : vos enfants écopent depuis des années. 

Sachez que nous n’avons aucune envie de faire la grève. Comme vous, nous considérons que l’année 2020-2021 a été suffisamment hypothéquée. Le « timing » ne pourrait pas être pire pour négocier. Mais, ne voulons-nous pas que les jeunes réussissent? Leur bien-être et leur cheminement ne sont-ils pas les points centraux de nos préoccupations? Si le gouvernement le répète depuis des semaines, ne serait-il pas justifié de l’amener à agir en ce sens? Ou alors, est-ce que la réussite de nos enfants n’est prioritaire qu’en temps de pandémie? 

Quand toute cette crise sera derrière nous et qu’il y aura encore des enfants à aider, comment pourrons-nous le faire si nous ne disposons pas des services, des heures et des budgets nécessaires? Et surtout, qui le fera si les enseignants continuent de se désister? 

M. Legault, voici votre chance de vous distinguer de vos prédécesseurs en nous montrant que l’éducation vous tient vraiment à cœur. Qu’allez-vous faire? 

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