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Un vox pop pour Jean-François Roberge

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Jean-François Roberge

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Récemment, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge déclarait : « Si l’on se promène dans les écoles et que l’on fait un vox pop, je pense que l’on va avoir une grande majorité d’enseignants qui vont à l’école le sourire aux lèvres.

Oui, enseigner, c’est exigeant, c’est difficile, mais ça reste un privilège extraordinaire. L’écho qu’on a, c’est souvent celui des représentants syndicaux qui, en période de négociations, viennent noircir le tableau pour essayer d’obtenir davantage. »

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Sylvain Dancause sur QUB radio: 

Propos choquants

À titre d’enseignants, nous tenons à indiquer au ministre de l’Éducation que nous avons été choqués par ses propos. Si les syndicats enseignants dénoncent actuellement les conditions dans lesquelles nous devons travailler, c’est parce que nous leur demandons de brosser un tableau représentatif de ce que nous vivons au quotidien.

Malgré tout ce que le ministre choisit de croire et de clamer partout, jamais nos élèves n’ont rencontré autant de difficultés et n’ont eu autant besoin d’une aide qui ne vient pas. 

Lorsque le magazine Forbes sort sa liste des meilleurs employeurs au Canada, celle-ci « met souvent en vedette des entreprises qui se démarquent pour le bonheur qu’ont les employés à y œuvrer ». Habituellement, ceux-ci recommanderaient leur employeur à d’autres personnes. Quand notre patron semble nier autant les difficultés que les enseignants rencontrent au quotidien, il devient facile de comprendre pourquoi on manque autant de main-d’œuvre en éducation. 

Pour ainsi dire, il est sidérant qu’il nous faille encore et toujours rappeler que les conditions d’apprentissage de nos élèves sont étroitement liées à nos propres conditions de travail. 

Tandis que l’éducation québécoise vit l’une des crises les plus graves de son histoire, le ministre n’a de cesse de minimiser la détresse de ses employés et de nos élèves. Peut-il enfin comprendre que de la détresse des uns découle trop souvent la détresse des autres ?

Les enseignants aiment leur travail

Si les enseignants sourient sous leur masque quand ils se rendent à l’école, c’est bien parce qu’ils aiment leur travail. Leur parler du ministre de l’Éducation suffit pourtant pour qu’ils le perdent, ce sourire. Ils n’en peuvent plus de celui qui, se vantant d’avoir été lui-même enseignant, se permet d’imposer à ses anciens collègues des conditions de travail qu’il ne supporterait assurément pas. Remettrait-il les pieds dans une école seulement pour un mois, pour une semaine ?

Nous avons certes le « privilège » de travailler avec notre belle jeunesse. C’est grâce à elle si nous aimons encore notre profession. Et c’est aussi pour nos élèves que nous voulons retrouver le sourire. Nous sommes des gens dévoués qui désirons simplement exercer notre mission professionnelle avec toute la dignité que cela représente et les ressources que cela nécessite. 

Il serait plus que temps qu’un ministre de l’Éducation puisse nous donner les moyens de nos ambitions, au lieu de simplement essayer de faire bonne impression devant les caméras alors que rien ne se concrétise véritablement et efficacement sur le terrain.

Mathieu Bernière, Sylvain Bérubé, Sylvain Dancause et Luc Papineau, et plus de 2000 enseignants cosignataires.

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