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Les loups de Wall Street attaqués, mais pas vaincus

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Photo AFP L’application de courtage Robinhood a restreint la négociation de plusieurs titres, dont de celui de GameStop.

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L’affaire GameStop. Comme c’était rafraîchissant de voir les petits spéculateurs de la Bourse sacrer une volée aux « vautours » des fonds alternatifs (hedge funds), lesquels fonds hautement spéculatifs cherchaient à réaliser d’immenses profits en vendant massivement à découvert l’action de GameStop. Lesdits fonds misaient sur l’hypothétique déconfiture boursière de GameStop pour se remplir les poches.

Il faut savoir que le but de la stratégie de vente d’actions à découvert consiste simplement à faire chuter en Bourse le prix des titres que l’on a préalablement vendus à bon prix, mais sans toutefois les détenir. Et ce, en vue de racheter par la suite les mêmes titres à un prix inférieur, ce qui permet d’encaisser un profit. 

Exemple : mettons que le « Fonds X » a vendu à découvert 1 million d’actions à 50 dollars (50 millions de dollars) et qu’il les a rachetées à 25 $ (25 millions de dollars), il empochera ainsi un profit de 25 millions de dollars.

Mais dans l’affaire GameStop, les fonds qui ont vendu à découvert GameStop se sont fait piéger... lorsque des millions de petits investisseurs et utilisateurs du réseau social Reddit se sont rendu compte que les hedge funds avaient vendu à découvert plus de 100 % des actions de GameStop en circulation.

Les petits boursicoteurs ont ainsi décidé de multiplier au fil des séances les transactions d’achat du titre GameStop, ce qui a fait royalement grimper le cours de l’action, celui-ci passant de 39 $ (20 janvier) à un sommet de 483 $ huit jours plus tard.  

La hausse phénoménale du cours de l’action de GameStop a eu pour conséquence de fragiliser plusieurs hedge funds, ceux-ci se retrouvant aux prises avec des pertes énormes en raison du fait que le cours de l’action dépasse de beaucoup le prix de vente.

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MAIS ATTENTION

À la place des petits spéculateurs, je resterais extrêmement prudent. Les loups de Wall Street n’ont certes pas dit leur dernier mot. Je leur fais « confiance ». Ils vont trouver le moyen de se « refaire » le portefeuille sur le dos des petits boursicoteurs.

Ce n’est pas par hasard que les instances boursières, telles la SEC des États-Unis (U.S. Securities and Exchange Commission), les diverses commissions des valeurs mobilières, dont l’Autorité des marchés financiers du Québec, mettent en garde les boursicoteurs contre la spéculation boursière entourant des titres comme GameStop.

Et ce n’est également pas par hasard que des firmes de courtage comme Robinhood aux États-Unis ont décidé de carrément restreindre la négociation des titres, comme GameStop, qui font l’objet d’un volume de transactions anormalement élevé.

En plus de GameStop, la firme Robinhood a émis des restrictions sur plusieurs autres titres qui ont fait l’objet d’importants volumes de transactions, dont AMC Entertainment (AMC), BlackBerry (BB), Express Inc. (EXPR), Genius Brands International (GNUS), Koss (KOSS), Naked Brand Group (NAKD) et Nokia (NOK).

VOLATILITÉ OBLIGE

Par ces restrictions, les firmes de courtage veulent « protéger » leurs clients spéculateurs contre les appels de marge liés à de potentielles pertes substantielles sur des transactions.

Et on ne se le cachera pas, c’est pour se protéger elles-mêmes contre la folie boursière que des firmes de courtage mettent parfois en place des restrictions sur la négociation de certains titres hautement volatils.

GameStop, par exemple, est passé d’un prix de 39,12 $ (le 20 janvier) à un sommet de 483 $ en cours de séance le 28 janvier suivant, pour un gain de 1135 % en huit jours.

Et lors de ce même jeudi 28 janvier, GameStop allait dans les heures suivantes s’effondrer à seulement 193,60 $, pour un recul momentané de 60 %. Le lendemain, GameStop repart en fou pour remonter à 414 $ et... redescendre hier jusqu’à 212 $ en cours de séance. 

Le monde de la haute finance est tissé serré. Les places boursières, les firmes de courtage, les banques, les caisses de retraite, les fonds d’investissement, les fonds alternatifs... ont besoin les uns des autres pour faire de l’argent, beaucoup d’argent.

Le petit boursicoteur a grandement intérêt à se le rappeler !