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Affaire Camara: pris dans la fameuse «vision en tunnel»?

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Photo Agence QMI, Maxime Deland

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Déterminés à attraper celui qui s’en serait violemment pris à l’un des leurs, les enquêteurs ont peut-être souffert de « vision en tunnel » en étant convaincus d’avoir le bon suspect.

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« L’objectif des enquêteurs semble avoir été de confirmer leurs impressions de départ, et non pas de faire une enquête complète. [...] On est face à une situation exceptionnelle », estime l'expert en criminologie Jean-Claude Bernheim, qui a souvent travaillé sur les erreurs policières. 

Selon lui, il est même possible qu’on ait écarté des données qui ne concordaient pas avec cette version des faits initiale.

Il se questionne également sur le travail d’analyse effectué par le Directeur des poursuites criminelles et pénales pour que des accusations soient bel et bien déposées initialement. 

« Ça soulève un questionnement de fond. On est à un tournant. Il y a des lacunes dans le système et on doit reconnaître qu’il peut commettre des erreurs. Ça prend des changements et ça prend de l’imputabilité », soutient M. Bernheim. 

Trop vite ?

Deux ex-policiers consultés par Le Journal tentent de comprendre ce qui a bien pu se produire dans cette affaire. Ils rappellent que le véritable auteur de ce « crime crapuleux » court toujours. Une fois qu’il sera interpellé, plus de réponses risquent de pouvoir être révélées.

« J’ai de la misère à comprendre comment ça a pu se produire. Ils sont allés trop vite, visiblement. Moi j’ai jamais vu ça [dans ma carrière]. Je ne suis pas prêt à les disculper, mais pas prêt à les blâmer, il y a clairement des angles morts qu’on ne connaît pas », lance Paul Laurier, un ancien enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ). 

« Il y a quelque chose qui n’a pas fonctionné. Est-ce que c’est une vision tunnel, un effet halo, qui fait qu’on était sûr d’avoir la bonne personne ? J’ose espérer qu’on aura la réponse, parce qu’il faut aller au bout de la situation », analyse François Doré, lui aussi ayant œuvré à la SQ.

Il maintient néanmoins que ça aura été très long avant de revoir les évidences vidéo et que M. Camara n’aurait pas dû passer autant de temps derrière les barreaux.