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Les orphelins du Canadien de Montréal

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Les ailes de poulet étaient épicées, les patates étaient frites et la bière était tirée ! Chez nous, tout était prêt pour le retour à domicile de notre équipe, nos Canadiens, nos amours. Faut dire qu’en ces temps difficiles, un bon match de hockey donne une impression de normalité salvatrice. 

Et puis, grisés par l’enthousiasme des journalistes sportifs, par les victoires déjà obtenues en début de saison et par une première place au classement, inutile de vous dire que nos Canadiens étaient attendus. L’excitation était à son comble.

La cérémonie d’ouverture commence et les joueurs prennent la parole...

Le malaise

Chez nous, un malaise s’installe. Tous les joueurs s’expriment en anglais à part Jonathan Drouin, le petit gars du pays né à Sainte-Agathe-des-Monts. 

Même le capitaine Shea Weber et le gardien Carey Price, qui vivent au Québec respectivement depuis 5 et 14 ans, n’ont pas fait le moindre effort pour enregistrer en tout ou partie ces quelques mots en français. 

  • Écoutez l'entrevue d'Annick Brosseau avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Pourtant, le français est la langue des partisans qui remplissent les gradins du Temple Bell, qui portent fièrement la Sainte-Flanelle et qui se brisent le cœur et les cordes vocales pour encourager leur icône culturelle, leurs Canadiens.

Chez nous, le malaise s’amplifie. Il faut mettre sur pause afin de comprendre ce qu’il se passe. Pour nous, à regret, le match s’est arrêté et il ne reprendra plus. Cette équipe n’est malheureusement plus notre équipe, car tout cet engouement est manifestement à sens unique. 

Les partisans des Canadiens vivent une histoire d’amour tragique où l’être aimé se dérobe. La direction des Canadiens pense peut-être que cet amour est acquis. Elle devrait pourtant se méfier, car sans réciprocité et sans respect, même les plus belles histoires d’amour peuvent finir par des séparations brutales.

Ouverture

Aussi, les Canadiens devraient s’inspirer du nouveau chef de l’Orchestre symphonique de Montréal, le Vénézuélien Rafael Payare, qui suit des cours d’immersion, et qui, fraîchement débarqué au Québec, s’exprimait déjà dans un français qui ne manquera pas d’attendrir le cœur des mélomanes.

On parle partout, et à raison, d’ouverture sur le monde et d’ouverture sur l’autre. Mais cette ouverture ne devrait-elle pas commencer avec son plus proche voisin ? Les anglophones ne devraient-ils pas s’ouvrir en premier lieu sur les cultures québécoises et autochtones ? 

Après 14 ans dans le but des Canadiens, est-ce trop demander à Carey Price d’adresser quelques mots en français à ses propres supporters ?

Je me souviens d’une époque pas si lointaine où il était impensable que le capitaine et le gardien de but des Canadiens ne s’expriment pas un minimum en français. Si la famille Molson voulait briser toute fierté nationale, elle ne s’y prendrait pas autrement. Et comme il est trop difficile de nous faire avaler tout le salami d’un coup, il suffit de le couper en tranches pour nous le faire avaler morceau par morceau. Quel sera le prochain morceau de ce salami désagréablement amer ? L’entraîneur-chef peut-être ?

Chez nous, le malaise s’est transformé en colère et la colère en tristesse, car les Habs sont toujours un symbole de l’identité culturelle québécoise, de la manière dont les Québécois se perçoivent. Et pourtant, ils sont représentés dans la Ligue nationale par une seule équipe, qui elle ne désire plus les représenter. Nous sommes comme ces orphelins qui ont tant d’amour à donner, mais personne pour le recevoir.

Photo courtoisie

Annick Brousseau
Maîtrise en sciences politiques
Entrepreneure
Montréal

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