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Je suis en deuil

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Rassurez-vous, personne de ma famille n’est mort, aucun de mes amis n’a succombé à la pandémie.

Mais à partir de lundi prochain, le 8 février, quand le dernier épisode de la série Les pays d’en haut va être diffusé à Radio-Canada, je vais devoir apprendre à vivre sans Séraphin, Donalda, Angélique, Alexis, les Malterre et les Bouchonneau. Je ne sais pas comment je vais me passer de Bidou ou Délima : j’ai encore de la difficulté à me remettre de la mort du curé Labelle !

DE BELLES HISTOIRES

La série Les pays d’en haut prendra fin après 6 ans et 52 épisodes.

Rappelez-vous comment le Québec a réagi quand on a appris qu’on « refaisait » les belles histoires de Claude-Henri Grignon ! Ça a hurlé dans les chaumières : « Pourquoi refaire un truc poussiéreux, au lieu de créer de nouvelles histoires ? »

On a aussi entendu : « Les jeunes ne vont pas s’intéresser à ces vieilleries-là ».

Et pourtant. Ça fait six saisons que je me délecte, les orteils retroussés, des retournements de situation de ces personnages, qui nous ressemblent finalement beaucoup.

C’est bien beau, la mondialisation, c’est formidable, les séries espagnoles de braquage de banque, les séries norvégiennes sur des enquêtes policières ou les séries américaines de joueuses d’échecs, mais ça fait du bien de se faire parler de notre terroir à nous, de nos ancêtres à nous. Consommer local, c’est aussi ça.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Ça fait du bien de connaître la vie quotidienne de ces colons qui ont défriché la terre sur laquelle on a « bâti maison », comme dirait Vigneault.

Mais au-delà de ça, ce que le succès des Pays d’en haut nous dit, c’est qu’on peut s’intéresser à notre histoire quand elle est bien racontée.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si bientôt, on pourra voir sur nos écrans un quatrième film sur Maria Chapdelaine. Et n’oublions pas que Fabienne Larouche planche sur une série sur la Nouvelle-France, Terre de sang.

LES PAYS D’ICI

Les pays d’en haut, c’est la découverte d’un fabuleux comédien, Vincent Leclerc, qui a réussi à réinventer (le mot à la mode) le personnage de Séraphin, en lui insufflant une humanité et même une vulnérabilité qu’on ne soupçonnait pas.

Les pays d’en haut, ce sont des textes fabuleux de Gilles Desjardins, basés sur une recherche historique rigoureuse.

Je n’oublierai jamais l’épisode sur les jouets sexuels, où l’on a appris que bien avant les boutiques érotiques 50 nuances de Sexxx, il y avait des achats par catalogue qui pouvaient vous envoyer au septième ciel.

Les pays d’en haut, ce sont des répliques savoureuses, comme celle-ci, entendue cette semaine : « T’as un empire », dit Alexis à Séraphin. « Ouais, plus ça va, plus ça rempire », observe Todore.

Hahaha !

Les pays d’en haut, ce sont des décors magnifiques, des images en clair-obscur dignes de tableaux de grands maîtres, et des comédiens fabuleux !

Les pays d’en haut, c’est un exemple des très bons coups de Radio-Canada, en plein dans son mandat. 

Une série historique de cette envergure, il n’y a pas un diffuseur privé qui peut payer ça. Et c’est précisément pour cette raison qu’on verse autant de sous à notre diffuseur public.

Avec les deniers publics, on est tous comme Séraphin : on veut en avoir pour notre argent.