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Le «No-buy year», une tendance extrême pour revoir ses dépenses

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Croyez-vous être capable de n’acheter que l’essentiel en une année, soit pas de vêtements, pas de gadgets, pas de plantes?! Il s’agit du concept du No-buy year. Cette tendance à ne pas dépenser pour du superflu pendant une année bouleverse à coup sûr les habitudes de consommation de ses adeptes.

Selon le magazine américain économique Forbes, le concept du No-buy year est une sorte de jeûne volontaire d’achats non essentiels sur 12 mois afin de revoir ses habitudes de consommation. Le principe est simple: chaque personne établit ses propres règles en rédigeant une liste d’achats approuvés comme la nourriture et une liste d’articles interdits comme les cadeaux, les vêtements ou les repas au restaurant.

Anne-Norante Alexandre, 29 ans, a donc commencé le défi du No-buy year cette année pour une durée de 90 jours.

«J’étais une grande consommatrice de vêtements et de mode. Avec la COVID, je n’en ai pas vraiment besoin, parce que je travaille à la maison, constate-t-elle. J’essaie de limiter ma consommation de fast fashion comme H&M et Zara. Je veux me diriger vers une consommation locale ou black owned

Avoir trop de vêtements, c’était le cas de Valérie-Sara Pelletier, une maman de 41 ans qui a été une adepte de l’année sans achats en 2017, pour des motifs écologiques.

«J’avais vu un reportage sur les vêtements qui polluent et ça m’avait vraiment perturbée. On gaspille des vêtements en les jetant à la poubelle et j’ai capoté! Plus t’achètes, plus tu fais de la pollution», se souvient-elle.

«Je me suis rendu compte que mes enfants n’avaient besoin de rien non plus, sauf les biens essentiels, comme les médicaments et la nourriture. Pour les vêtements, je faisais beaucoup de troc», raconte-t-elle.

Aujourd’hui, elle dépense moins pour mieux dépenser, même si la culpabilité de dépenser se faisait ressentir à la fin de son défi No-buy year.

«J’étais rendu à avoir de la misère à dépenser. Je m’en suis remise par contre, mais je ne dépense pas pour rien! Comme Occidentaux, c’est si facile de tomber dans l’excès», remarque-t-elle.

Consommation malsaine   

Anne-Norante reconnaît aussi que d’avoir acheté autant de morceaux de vêtements dans les dernières années cache un désir malsain de vouloir tout posséder.

«Il n’y avait pas une journée où je portais la même chose et il y avait une sorte de reconnaissance autour de ça. Je trouve que ma génération est très axée sur ce que sont les biens matériels. Pourtant, on ne se définit pas par ce qu’on porte», admet-elle.

Jacques Forest, professeur titulaire à l’ESG-UQÀM et psychologue, illustre les habitudes de consommation par deux types de motifs.

«On a testé: c’est pourquoi vous voulez de l’argent? Il y a des motifs sains comme donner à la charité, supporter sa famille et avoir une perception de liberté ou de justice. Il y a aussi des motifs malsains comme la comparaison sociale, surmonter ses doutes personnels et faire des achats impulsifs», explique-t-il.

En ce sens, Caroline K., 36 ans, qui est également une adepte de l’année sans achats depuis le début de la pandémie, réalise que les biens matériaux sont effectivement secondaires.

«La COVID m’a beaucoup fait réfléchir. Ça m’a fait réaliser que ce n’est pas le matériel qui me rendait heureuse ou qui me nourrissait. Alors, tant qu’à faire, tout aussi bien prendre un break de ce dit matériel. Ma définition du bonheur se réinvente», confie-t-elle.

Le No-buy year, «savourer ce qu’on a déjà»  

Un dénominateur commun ressort donc des témoignages des trois consommatrices disciples du No-buy year: le désir de ne plus consommer comme avant.   

M. Forest croit que le concept du No-buy year apporte une perspective saine sur nos habitudes de consommation.

«Si on regarde les impacts psychologiques et environnementaux de la surconsommation, ce serait bien de se questionner collectivement pour savoir pourquoi on fait tel achat et si c’est vraiment nécessaire. C’est un questionnement qui ne peut pas faire de tort», soulève-t-il.

Il s’appuie aussi sur l’étude de Kirk Warren Brown pour expliquer en partie ce phénomène.

«Il y a une enquête intitulée Wanting What One Has, soit "vouloir ce qu’on a", qui montre le fait que la pleine conscience, la réflexion et le fait de savourer ce qu’on possède déjà diminuent le désir financier», conclut-il.

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