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Les Québécois, champions du paradoxe

Fête Nationale 2003
Photo courtoisie

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Les Québécois sont de sacrés farceurs. Ils aiment se présenter comme un peuple jovial. Ils s’affichent différents des autres et ils sont les champions du paradoxe et de la contradiction.

Ils utilisent un vocabulaire différent de celui des francophones de la planète. Quand une chose leur plaît, ils s’écrient : « C’est pas pire pantoute ». Devant une belle femme, ils déclarent : « Est pas laide ». En hiver, à -30 °C, ils affirment : « Ça s’endure ». Devant une femme qui les attire physiquement, nombre d’hommes murmurent, un sourire en coin : « J’y f’rais pas mal ! ». « M’aimes-tu ? » répètent les Québécoises sentimentales. « Je t’haïs pas », ont tendance à suggérer les chéris. 

Un sondage pancanadien de l’institut Angus Reid sur la crise de la COVID-19, publié hier dans La Presse, indique que les Québécois, avec le nombre le plus élevé de décès au Canada, estiment à hauteur de 51 % que 2020 était difficile, alors qu’au Canada anglais, ils sont 63 % à l’avoir trouvée difficile.

Et les Canadiens anglais sont beaucoup plus pessimistes quant à 2022, là où les Québécois, eux, affichent un optimisme de bon aloi. Et ce, malgré le peu d’accès au vaccin, ce qui place le Canada bien plus bas sur la liste des pays qui vaccinent le plus grand nombre de leurs citoyens.

Le ministre fédéral Jean-Yves Duclos a expliqué, en entrevue, que le gouvernement Trudeau était en communication téléphonique permanente avec les compagnies pharmaceutiques pour s’assurer de la livraison des vaccins déjà commandés et payés. Or, les spécialistes estiment que la vaccination généralisée ne se réalisera pas à l’automne, comme le proclame partout le premier ministre Justin Trudeau, mais seulement en 2022.

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Les Québécois sont plus optimistes que les Canadiens anglais, ce qui ne les empêche pas – et c’est là le paradoxe – d’être affectés de façon plus personnelle par la pandémie. De là les inquiétudes des spécialistes en santé mentale.

L’on n’a qu’à lire les divers témoignages douloureux de personnes qui osent décrire publiquement leurs angoisses et leur découragement. Cela, quand ils arrivent à crier « au secours ! » avant de perdre pied.

Nos adolescents québécois ne fanfaronnent plus. Leur malaise est palpable. 

D’ailleurs, l’on peut même se demander si cette pandémie ne sera pas libératrice de cette tendance québécoise à chercher à atténuer la réalité ou à refuser de l’affronter. À se faire des accroires, comme disaient nos ancêtres.

Dans les dernières semaines, le premier ministre Legault, sans que personne ne lui pose la question, a blagué durant un point de presse sur le mode : « Non, on ne fera pas de référendum en pandémie », après avoir décrit son impuissance politique à contrôler les frontières sous juridiction fédérale.

Personne, et certainement pas les politiciens, ne peut prédire la fin de la pandémie. Ni le retour de la vie telle qu’on l’a connue avant ce cataclysme.

L’histoire du Québec, hormis la Conquête, s’est déroulée sans traumatismes majeurs. Nous avons inventé l’expression « révolution tranquille », une contradiction dans les termes comme on l’a toujours pratiquée. 

Or, l’utopie québécoise est à repenser, car nous ne pouvons plus tergiverser sans risque d’y perdre définitivement notre identité.